Contre La sansure

L’embrasement du Moyen-Orient et les paradoxes de la securité globale

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Le week-end dernier a de nouveau illustré la profonde fracture idéologique qui traverse notre monde : un combat pour la liberté selon les uns, un basculement vers le chaos selon les autres.

Pour comprendre l’impasse actuelle, une analyse chronologique et factuelle s’impose, prenant racine dans les bouleversements de 1979.

I. De la Révolution de 1979 à la Théocratie. Le point de bascule de la géopolitique moderne du Moyen-Orient se situe en 1979. Le Shah Mohammad Reza Pahlavi, affaibli par un cancer et contesté par une population exaspérée par l’oppression de la SAVAK (sa police secrète), est contraint à l’exil. Alors que le Shah trouve refuge aux États-Unis, l’Ayatollah Khomeiny quitte sa résidence de Neauphle-le-Château pour un retour triomphal à Téhéran. Ce qui était initialement un espoir de liberté et de choix démocratique s’est mué en une théocratie rigide.

Bien que l’Iran maintienne un semblant de structure démocratique, le pouvoir réel reste concentré entre les mains des clercs. Note factuelle : Aujourd’hui, on estime que près de 45 % à 50 % de la population active iranienne possède un diplôme universitaire. Pourtant, cette élite intellectuelle se heurte à un régime soutenu par une base conservatrice estimée à environ 20 % de la population, créant un désir de « divorce » social profond.

II. Une Diplomatie de Rupture : Des Otages à la Guerre La relation entre Washington et Téhéran est devenue antinomique dès novembre 1979, lors de l’invasion de l’ambassade américaine par des étudiants. Cet événement a scellé le sort politique de Jimmy Carter et permis l’accession de Ronald Reagan au pouvoir. S’en est suivie la guerre Iran-Irak (1980-1988). Ce conflit de huit ans a vu s’affronter « l’homo arabus » et les descendants de Xerxès, détruisant les économies des deux pays musulmans sans gain territorial significatif. Des années plus tard, cette hostilité mènera George W. Bush à inclure l’Iran dans l’« Axe du Mal » (Axis of Evil).

III. Le Pendule Diplomatique : Ahmadinejad, Rohani et Trump Il est nécessaire de distinguer les phases de la gouvernance iranienne : 1.L’ère Mahmoud Ahmadinejad : Une période de tensions maximales et de discours provocateurs. 2.L’ère Hassan Rohani : Sous sa présidence, l’administration Obama a signé l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA). 3.Le revirement unilatéral : Le gouvernement Trump a annulé cet accord, poussant l’Iran à se réorganiser avec la Chine et la Russie (vente de pétrole contre armements).

IV. La Thèse de la Stabilité Régionale et l’Angle Israélien, L’hostilité entre l’Iran et l’État hébreu, particulièrement sous le gouvernement actuel de Benyamin Netanyahou et la droite sioniste, peut être analysée sous l’angle de la supériorité stratégique. Une thèse géopolitique suggère qu’Israël redouterait la perspective d’un Iran stable et prospère. Selon cette lecture, un Iran démocratique invaliderait l’argument d’Israël comme « seule démocratie » régionale et développerait un soft power économique capable de concurrencer l’hégémonie sécuritaire de l’État hébreu.

V. Sécurité Intérieure : Le Cas d’Austin (Texas) Tandis que les puissances négocient, la menace se manifeste parfois de manière isolée. À Austin, au Texas, le FBI a interpellé un Sénégalais accusé de terrorisme. Le détail qui frappe : « Le suspect portait un t-shirt avec un motif du drapeau iranien sous un sweat-shirt à capuche marqué « Property of Allah » », selon un responsable de CNN.

VI. Le Paradoxe de la Péninsule Coréenne. L’examen de la menace iranienne souligne une incohérence par rapport à la Corée du Nord. Pyongyang procède à des tests nucléaires avérés et lance des missiles capables d’atteindre le sol américain. La différence ? L’Iran est une menace que l’on veut « prévenir », tandis que la Corée du Nord est déjà une puissance nucléaire « sanctuarisée », obligeant Washington à une retenue diplomatique que Téhéran ne connaît pas.

VII. Application : La Leçon Iranienne pour la Guinée Le miroir de l’Iran renvoie une image saisissante pour la Guinée. Alors que Conakry vient de signer, il y a un mois, un contrat d’exploitation de ressources majeur avec les États-Unis, elle doit composer avec la présence historique de la Russie, implantée dans l’exploitation bauxitaire depuis les années 1970. Pour un pays riche en bauxite et en minerais, la leçon est limpide : sans une économie stable et une gestion autonome de ses ressources, la dépendance envers les puissances étrangères (qu’elles soient de l’Est ou de l’Ouest) transforme le territoire en un simple terrain de jeu géopolitique. Si l’Iran, malgré une structure étatique millénaire et une puissance militaire avérée, subit les foudres du blocus et des pressions, les pays africains aux économies fragiles sont encore plus vulnérables.

La Guinée se retrouve à la croisée des chemins : soit elle parvient à arbitrer entre les intérêts russes historiques et les nouvelles ambitions américaines, soit elle s’expose au « courroux » de ces puissances qui n’hésiteront pas à défendre leurs intérêts énergétiques par la force.

Aliou Niane

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