28 Septembre et élection profanée : la manipulation en guise de justice
Quand Doumbouya manipule l’OGDH
Conakry – Quinze ans après les massacres du 28 septembre, la plaie reste béante. Le procès, qui devait marquer un tournant dans la lutte contre l’impunité, se transforme peu à peu en instrument de manipulation politique.
Le général Mamadi Doumbouya, chef de la junte au pouvoir, utilise l’Organisation guinéenne des droits de l’homme (OGDH) comme levier pour cibler Moussa Dadis Camara, tout en épargnant d’autres figures de l’ancien appareil militaire.
Une justice à géométrie variable
Pendant que l’ancien chef du CNDD est livré à l’opinion comme symbole des dérives du passé, d’autres acteurs de la même chaîne de commandement circulent librement. Sékouba Konté se pavane à Dubaï, Balla Samoura vit paisiblement à Conakry, et nombre d’anciens membres du CNRD continuent de bénéficier des privilèges du pouvoir. Une sélectivité qui alimente l’amertume et la colère de ceux qui dénoncent une justice instrumentalisée.
Le procès tronqué
« Deux poids, deux mesures », accusent les proches de Dadis. Selon eux, il est incohérent de condamner le colonel Pivi et quelques officiers sans poursuivre l’ensemble de la hiérarchie. Car si condamnation il y a, elle devrait concerner toute la chaîne de commandement, civile comme militaire, qui a couvert ou organisé la répression.
Pour de nombreux observateurs, l’OGDH, en pointant exclusivement Dadis Camara, contribue à fausser le procès. « Si elle était honnête, elle réclamerait la reprise intégrale de la procédure », estime un militant associatif. L’enjeu, selon lui, est d’ôter au procès son parfum ethnique, comme si seuls les Forestiers avaient porté la responsabilité du CNDD, alors que des acteurs issus d’autres régions et des civils proches du pouvoir de l’époque continuent de graviter dans les cercles de décision actuels.
La continuité du pouvoir
Plus troublant encore : certains civils accusés d’avoir orchestré l’opposition à la candidature de Dadis se retrouvent aujourd’hui à des postes administratifs stratégiques. Le Premier ministre putschiste lui-même, parrain d’un autre candidat issu d’un coup de force, illustre cette continuité qui interroge.
Dans ces conditions, la mémoire du 28 septembre est non seulement profanée, mais récupérée pour servir un agenda politique. Une manière de refermer la plaie non pas par la justice, mais par la manipulation.
