Guinée : Axis International engage une procédure d’arbitrage après le retrait de son permis minier
La société minière Axis International, basée aux Émirats arabes unis, a annoncé le 29 décembre avoir engagé une procédure d’arbitrage contre l’État guinéen, à la suite du retrait de son permis d’exploitation d’une mine de bauxite en mai dernier. L’entreprise conteste la décision des autorités de transition, qui l’accusent de sous‑exploitation et d’inactivité sur le site.
Cette démarche judiciaire intervient dans un contexte de recomposition profonde du secteur extractif guinéen, marqué depuis plusieurs mois par une vague de retraits de permis visant des dizaines de sociétés locales et étrangères.
Une vaste opération d’“assainissement” du secteur minier
Depuis le début de l’année, la junte dirigée par le général Mamadi Doumbouya a multiplié les décisions administratives visant à retirer des permis de recherche ou d’exploitation à des entreprises actives dans la bauxite, l’or, le fer ou encore le diamant.
Les arrêtés, régulièrement lus à la télévision nationale, s’inscrivent selon les autorités dans une stratégie de mise en conformité et de lutte contre les titres miniers dormants.
En mai, le gouvernement avait déjà annoncé le retrait simultané de plusieurs dizaines de permis, accusant les sociétés concernées de ne pas respecter leurs engagements contractuels ou de ne pas avoir démarré les travaux requis.
Axis International fait partie des entreprises touchées par cette vague. La société affirme pourtant exploiter sa mine de bauxite depuis 2020 et rejette les accusations d’inactivité. Elle estime que la décision de l’État guinéen est « injustifiée » et « préjudiciable », ce qui l’a conduite à saisir une instance arbitrale internationale.
Un secteur stratégique sous haute surveillance
Depuis son arrivée au pouvoir par la force en septembre 2021, après le renversement du président civil Alpha Condé, le général Doumbouya a fait de la valorisation des ressources naturelles un pilier de son action.
La Guinée, qui détient les plus importantes réserves mondiales de bauxite, cherche à renforcer le contrôle de l’État sur les projets miniers et à accélérer la transformation locale des minerais.
Cette stratégie s’est notamment illustrée dans le dossier Simandou, gigantesque projet de minerai de fer relancé en grande pompe par les autorités de transition. Le gouvernement y voit un levier majeur pour accroître les recettes publiques et repositionner le pays sur la scène minière mondiale
Un bras de fer aux implications économiques et diplomatiques
L’ouverture d’une procédure d’arbitrage par Axis International pourrait rallonger la liste des contentieux opposant l’État guinéen à des investisseurs étrangers.
Ce type de litige, fréquent dans le secteur extractif africain, peut peser sur l’attractivité du pays, même si les autorités affirment vouloir privilégier les opérateurs « sérieux » et « engagés ».
Pour l’heure, ni le gouvernement guinéen ni le ministère des Mines n’ont officiellement réagi à l’annonce d’Axis. Le dossier s’ajoute toutefois à une série de tensions entre Conakry et plusieurs acteurs miniers, dans un contexte où la transition cherche à démontrer sa fermeté et sa volonté de réorganiser un secteur clé de l’économie nationale.
