Contre La sansure

Que révèlent les tirs autour de l’aéroport de Niamey ?

0

Les tirs nourris et explosions entendus dans la nuit de mercredi à jeudi autour de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey s’inscrivent dans une dynamique sécuritaire et politique fragile.

L’épisode, qui a semé la panique parmi les habitants avant un retour au calme environ deux heures plus tard, illustre à la fois l’exposition du Niger à des menaces multiformes et les tensions croissantes autour d’infrastructures stratégiques.

L’aéroport de Niamey occupe une place hautement sensible : il abrite une base de l’armée de l’air, une base de drones et le siège de la force conjointe nigéro‑burkinabé‑malienne, créée pour lutter contre les groupes jihadistes dans la région. Sa proximité avec la présidence (environ 10 km) en fait un site symbolique et stratégique.

Les images captées par des résidents – traînées lumineuses dans le ciel rappelant des systèmes de défense anti‑aérienne, flammes impressionnantes et véhicules brûlés – suggèrent un incident potentiellement lié à une menace aérienne, même si aucune confirmation officielle n’a été apportée.

La nature exacte des événements reste inconnue, mais la mobilisation des pompiers et le déroutement d’un vol prévu dans la nuit témoignent de la gravité de la situation.

Les membres du CNSP célèbrent le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Cédéao.
Les militaires au pouvoir ont décidé de sortir le Niger de la Cédéao pour former une confédération avec le Mali et le Burkina Faso. Image : Boureima Hama/AFP

 

Une crise qui se développe dans un contexte politique explosif

Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, le Niger est dirigé par le général Abdourahamane Tiani. Le pays a rompu avec les partenaires occidentaux, notamment la France et les États‑Unis, et renforcé ses liens avec le Mali et le Burkina Faso, eux-mêmes sous régime militaire.

Les appels lancés par des partisans du régime pour « défendre le pays » soulignent une polarisation interne croissante, où les militaires misent sur une mobilisation populaire pour renforcer sa légitimité, face à un isolement diplomatique marqué.

Cet incident intervient alors qu’une cargaison d’uranium – ressource stratégique dont le Niger est grand producteur – est entreposée à l’aéroport depuis plusieurs semaines, nourrissant spéculations et inquiétudes. Une donnée sensible dans un contexte de tensions internationales autour du contrôle des matières premières.

Une dégradation sécuritaire persistante malgré les annonces de « souveraineté »

Les trois pays sahéliens dirigés par des juntes ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES) et annoncé une force conjointe de 5 000 hommes pour contrer les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Sur le terrain, toutefois, les attaques jihadistes se poursuivent et ne montrent aucun signe d’essoufflement.

Symbole Niger Terrorisme islamiste

L’armée nigérienne est confrontée à des attaques djihadistes qui visent les forces de sécurité et les populations civiles. Image : Issouf Sanogo/AFP/Getty Images

Selon l’ONG ACLED, près de 2 000 personnes ont été tuées dans des violences jihadistes au Niger en 2025. Le pays reste également confronté aux attaques de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans sa zone sud-est.

La persistance de ces attaques met en lumière une contradiction profonde : alors que les juntes revendiquent une politique « souverainiste » visant à reprendre le contrôle sécuritaire, les dynamiques de violence montrent une réalité bien plus difficile à maîtriser.

Hypothèses sur la nature de l’attaque

Les données disponibles ne permettent pas d’identifier avec certitude les auteurs ou les motivations de l’incident. Toutefois, plusieurs hypothèses émergent :

a) Une tentative d’infiltration ou attaque de groupes armés jihadistes

Le Niger fait face à des attaques régulières dans l’ouest du pays. Une tentative d’attaque contre une base militaire ou une infrastructure critique ne serait pas inédite.

b) Un incident interne impliquant des éléments militaires.

L’histoire récente du Niger et du Sahel montre que les luttes de pouvoir internes – y compris au sein des forces armées – peuvent conduire à des échanges de tirs autour de sites stratégiques.

c) Une opération visant la cargaison d’uranium.

La présence d’un stock important d’uranium à l’aéroport, alliée aux tensions diplomatiques autour de cette ressource, pourrait en faire une cible ou catalyser des tensions.

d) Une réaction anti‑aérienne à un objet non identifié (probablement un drone).

Les traînées lumineuses évoquant une défense anti‑aérienne laissent ouverte la possibilité d’une tentative de reconnaissance ou d’intrusion aérienne.

Burkina Faso | Soldats français de l'opération Barkhane
Les attaques djihadistes à la frontière avec le Mali et le Burkina Faso fragilisent les efforts de sécurité des trois pays qui forment l’AES. Image : Philippe De Poulpiquet/MAXPPP/dpa/picture alliance

 

Un signal alarmant pour la stabilité régionale

Cet incident illustre la fragilité sécuritaire du Niger, qui demeure l’un des épicentres du conflit sahélien. La combinaison de facteurs — retrait des forces étrangères, montée des attaques jihadistes, instabilité politique, tensions géostratégiques autour de l’uranium — crée un environnement explosif.

Il met également en lumière les limites des politiques régionalistes des juntes du Sahel, qui peinent à enrayer l’escalade violente malgré la rhétorique souverainiste.

Sources: https://www.dw.com/fr

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?