Contre La sansure

Les guinéens face à un système aussi résistant que le tardigrade

0

Les guinéens ont deux choses en commun : un territoire et des problèmes. Les faits sont certes têtus mais tout est interprété par chacun selon ce qu’il ou elle considère être en sa faveur ou celle de son clan ou sa communauté d’origine. Ce qui fait qu’aucun acte, aucun évènement de l’histoire de ce pays ne fait l’unanimité

Dans les textes, nous partageons tous un territoire qu’on appelle la Guinée. La réalité est toute autre. Certains postes à responsabilité, certaines fonctions, certaines prérogatives restent toujours réservées à des ressortissants de certaines localités, de certaines communautés au détriment des autres, contre l’esprit des lois et du principe démocratique.

Tous les guinéens ne sont pas des guinéens partout sur le territoire. Certains sont plus guinéens que d’autres dans certaines localités, selon les configurations ethniques conçues et entretenues par ‘l’Etat souterrain’ qui, en réalité, dirige la Guinée depuis son auto détermination.

En effet, les guinéens de tout temps, de tous les âges, de toutes les origines et de toutes les sensibilités ont quelque chose de commun : des problèmes multidimensionnels. Tous les guinéens ont un problème lorsqu’il s’agit d’éducation des enfants, à l’exception de quelques privilégiés dont les enfants se retrouvent de l’autre côté de l’Atlantique. Les récents résultats des examens nationaux ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Le retard de la Guinée n’est autre que le résultat de cette éducation ratée qui a forgé un système médiocre, clientéliste, paresseux, inopérant et budgétivore. Les conséquences affectent l’ensemble des citoyens du pays où qu’ils se trouvent dans le monde.

Un système sanitaire les plus faibles, les plus corrompus et les plus inhumains possibles s’est installé et se développe. Vous pouvez être riche, puissant ou installé à Paris, New York ou alors à la Havane mais vous êtes victime, d’une manière ou d’une autre, de ce système sanitaire qui est aujourd’hui plus un problème qu’une solution pour les populations guinéennes. Chacun a au moins un de ses proches qui réside en Guinée, donc obligé de se retrouver dans ces hôpitaux mouroirs. C’est une autre conséquence directe du système éducatif mourant qui est le nôtre aujourd’hui. Personne n’est assez riche pour échapper aux conséquences fâcheuses du système sanitaire guinéen.

Le réseau routier guinéen est l’un des plus délabrés de la sous-région malgré les richesses que dispose le pays. La route nationale Conakry Mamou ne répond à aucun critère d’une route internationale alors qu’elle constitue l’unique trait d’union entre la capitale Conakry et l’intérieur du pays d’où proviennent l’essentiel des biens de consommation de la population.

Au-delà, l’Etat n’existe pratiquement pas. Tout le monde est victime de cet état de fait, sans exception. Le manque de route à l’intérieur du pays freine non seulement les activités économiques mais décourage le secteur primaire qu’est l’agriculture qui pouvait être un moteur de développement pour le pays. Certaines localités sont toujours inaccessibles malgré les ressources dont  dispose le pays et la disponibilité des partenaires au développement à accompagner les efforts dans la construction des infrastructures. Où vont les financements que les services en charge de ce secteur ont reçus depuis toujours ?

L’insécurité bat son plein dans ce pays et il n’est un secret pour personne que la majorité des guinéens dorment la peur au ventre. En cas d’attaque nocturne vous n’avez aucune chance d’être secourus. Les guinéens ne sont en sécurité ni sur les routes, ni chez eux. Il n’est pas rare d’entendre que des citoyens ont fait l’objet d’attaque et que tous leurs biens ont été emportés. La suite est connue ; aucune enquête n’est diligentée, les rares cas d’arrestation finissent dans un flou total. Les guinéens ne savent pas ce qu’on fait des malfrats souvent arrêtés lors des attaques à mains armées.

Les forces de défense et de sécurité se sont souvent retourné contre les populations qu’elles étaient sensées défendre. Les douloureux évènements de 2006, 2007, 2009 et toutes les opérations de répression organisées contre les guinéens ces dernières années l’illustrent bien. Les évènements De Womé, de Zogota, de Galapaye et de autres actes de barbaries que les populations du sud du pays ont vécu ne le sont pas par le fait de mercenaires étrangers mais des guinéens recrutés, formés, habillés, nourris, logés et soignés par la sueur des fronts de leurs victimes. Peu de guinéens ont échappé à la machine répressive des forces de défense et de sécurité.

Le secteur judiciaire n’est pas en reste dans ce spectacle que nous offre ce qui fait office d’Etat en Guinée. L’impunité, la fuite en avant, la corruption et leurs corolaires ont créé une crise de confiance notoire entre les citoyens, l’Etat et le système judiciaire, pour preuve, la majorité de guinéens préfèrent se rendre justice que de se référer aux tribunaux pour régler les différends.

En gros, l’administration guinéenne de la base au sommet est inopérante, inefficace et est devenue un système qui suce les pauvres populations jusqu’à la moelle. Ce machin tribal offre un spectacle hideux à celui qui par malheur s’y hasarde à la recherche d’un quelconque service. Requérir un service public en Guinée est comme s’arrêter à Fayçal et tendre la main à des passants, d’ailleurs ces derniers ont plus de respect puisque leur donateurs attendent une récompense divine. Les mendiants dans la rue sont mieux traités, mieux considérés qu’un citoyen guinéen face à l’Administration publique. Ceux qui ont demandé des papiers ou un quelconque service savent bien ce que nos services publics nous réservent. Même les pèlerins ne sont pas épargnés de ces traitements inhumains et dégradants.

La diaspora vit son propre calvaire lorsqu’il s’agit de chercher un service auprès de ce qui fait office d’ambassade de la Guinée à l’étranger.

Voici ce que les guinéens ont de commun. C’est le lot de misères, de violences, de brutalité, de privation et d’humiliations que les guinéens ont en commun. Tout le monde est servi et c’est le domaine dans lequel personne n’est lésé, c’est seulement là que l’égalité, l’équité, l’inclusion, la diversité, la pluralité et la reconnaissance de chaque citoyen sont respectés. De ce qui précède, tous les guinéens sont bien servis. Chacun en ce qui lui concerne joue un rôle dans ce morbide spectacle qu’on appelle la Guinée.

Voici l’ennemi public de la Guinée et des guinéens auquel tout le monde devrait s’attaquer. Ce n’est pas un individu, ce n’est pas une catégorie de guinéens encore moins une communauté comme on veut faire croire, ce n’est pas la France encore moins l‘Arabie saoudite, ce sont les guinéens.

Malheureusement, ce système est aussi résistant que le tardigrade. Il résiste à tous les vents, à toute température, à toute pression. Il a eu raison de Conté, de Condé et a bien pris place autour de Doumbouya, saura-t-il résister et mener à bien sa mission ? Bien malin qui saura le dire.

Nous guinéens, au lieu de faire face à cet ennemi commun, le mal le plus partagé, nous nous indexons, chacun cherchant le coupable chez celui qu’il n’aime pas au lieu de s’unir, construire une nation juste et égalitaire pour enfin faire face à ce défi, le seul qui vaille pour les guinéens. C’est l’unique noble combat, tout le reste n’est que tribalisme et diversion.

Boubacar DIENG

 

[1] Le tardigrade est un animal à 8 pattes d’environ 1 millimètre capable de résister à des environnements extrêmes. Il survit de -273°C, soit le zéro absolu, jusqu’à +340°C. Il est 11 000 fois plus résistant que l’homme aux rayons X et supporte des pressions 4 fois supérieures à ce qu’on trouve au plus profond de l’océan. Il survit aussi à la déshydratation, au manque d’oxygène, à des produits toxiques et à l’alcool absolu. Certains peuvent aussi se reproduire seuls si nécessaire. Il est présent de l’Himalaya au Sahara, dans les fonds marins.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?