8 mars : entre tradition et réalité des femmes au Cameroun
À Yaoundé, la capitale camerounaise, à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, le pagne commémoratif se fait rare et son prix grimpe.
« On dit que c’est 15 000 F le tissu, habituellement c’est 7 000 ou 8 000 F,” confie Cyrielle Mimb en arpentant les boutiques du marché d’Essos. Elle ne cache pas sa déception.
L’an dernier, à la même période, le pagne coûtait entre 8 000 et 10 000 FCFA. Cette année, les prix peuvent atteindre 17 000 FCFA. Mais pour Honorine Mboussi, ménagère, la hausse ne décourage pas :
« C’est le prix, on va faire comment ? Ça ne fait qu’augmenter, on va s’adapter.”
La ruée sur les stocks limités
À quelques jours du 8 mars, le tissu commémoratif est devenu une denrée rare. Devant la Cicam, distributeur agréé, le pagne est vendu à 10 000 FCFA, et les clients se bousculent pour l’obtenir.
« Je suis là depuis 4h du matin pour le pagne”, a lancé une cliente. Une autre ajoute : « Je me suis levée à 5h pour arriver ici. Comme on parle de pénurie, il faut arriver tôt puisqu’il y a de l’affluence.”
Dans certains quartiers, les commerçants évoquent des stocks épuisés dès les premières livraisons, tandis que d’autres dénoncent des intermédiaires qui achètent en grande quantité pour revendre plus cher.
Les clientes se renseignent, comparent et repartent souvent bredouilles. « C’est trop cher ! Si ça ne va pas, je vais porter le pagne de l’année dernière,” explique Clarisse Ngono, agricultrice à Esse, dans la région du Centre.

Entre symbole et réalité des femmes au Cameroun
Si l’attention se porte sur le pagne, la réalité des femmes au Cameroun reste beaucoup plus préoccupante.
Près de quatre femmes sur dix ont été victimes de violences physiques ou sexuelles infligées par leur partenaire, selon les données récentes d’Atlasocio, basées sur l’indicateur Violence against Women de l’OCDE, plaçant le pays à la 16ᵉ place mondiale.
Entre 2023 et 2026, 212 féminicides ont été recensés par Griote, la web TV camerounaise 100 % féminine.
Pour Viviane Tathi, militante de l’association Stop Féminicides 237, ces chiffres doivent alerter les femmes :
« Nous menons des campagnes depuis un moment, pour la prise en compte de cette journée. C’est une responsabilité collective, de changer le narratif autour du 8 mars. Nous rappelons aux femmes que le pagne ne fait pas tout. Elles doivent savoir que nous sommes loin, mais alors très loin d’avoir atteint cette liberté qu’on pense avoir. Si on pense que la liberté c’est seulement le 8 mars, il y a un problème.”
Une récupération commerciale dénoncée
De nombreuses autres féministes dénoncent également la récupération commerciale d’un combat pour les droits des femmes et exigent que ce symbole ne soit plus associé à cette date de lutte.
Elisabeth Asen
Correspondante au Cameroun pour le programme francophone de la Deutsche Welle

