Disons nous la vérité
On ne va pas se mentir : on nous a vendu une République. Ce qu’on a reçu, c’est un décor. Une belle vitrine avec des mots ronflants : démocratie, alternance, institutions, État de droit… Mais derrière, c’est du vide. Pire : c’est du mensonge. La Guinée fait semblant d’être une République, alors qu’il refuse d’en vivre les exigences. On joue au pays normal pendant que tout s’effondre.
On organise des élections comme on organise des funérailles : avec beaucoup de cérémonial, mais aucune surprise. On connaît déjà le vainqueur, on connaît déjà les trahisons, on sait que rien ne changera. La politique guinéenne, c’est un cercle vicieux où chacun attend son tour pour piller, promettre, trahir, et recommencer. Les militaires font des coups d’État au nom du peuple, puis gouvernent contre lui. Les civils reviennent au nom de la légalité, puis marchandent leur pouvoir avec les chefs de garnison. Et au milieu de tout ça ? Le peuple. Spectateur fatigué d’un théâtre qui ne joue jamais de nouvelle pièce.
L’opposition ne s’oppose pas pour changer les règles : elle veut juste les contrôler. Le pouvoir n’est pas une charge ici, c’est une chance. Une chance de caser sa famille, ses amis, son ethnie. Une chance de se venger, de s’enrichir, de bâtir un empire personnel avec les fonds publics. Tout est permis, sauf rêver d’un vrai changement.
Et pourtant, on y a cru. On y croit encore parfois. Parce qu’on n’a que ça. Ce mirage républicain, c’est tout ce qu’on nous a laissé. Une image floue d’un pays qui pourrait être grand, juste, beau, mais qui choisit toujours la facilité, la trahison, la lâcheté. On se contente du minimum. Un président qui parle français sans faute. Un budget qui tient debout sur PowerPoint. Un projet de loi “innovant” copié chez les voisins. On met du maquillage sur un cadavre, et on appelle ça gouverner.
Mais on n’en peut plus. Ce peuple-là mérite mieux. Il est éduqué, connecté, lucide. Il voit les magouilles. Il sent les manipulations. Il entend les non-dits. Et il se tait, parfois. Pas par soumission, mais par lassitude. Parce que tout le monde a compris que la démocratie, chez nous, c’est une pièce qu’on joue mal, mais qu’on joue encore, faute de mieux.
Le mirage républicain, c’est ça : une illusion qu’on entretient parce qu’on n’a pas encore eu le courage de tout casser pour reconstruire. Mais un jour, il faudra choisir : continuer à se mentir, ou oser devenir ce qu’on prétend être.
Bangoura Alhassane
Juriste en formation
Apporteur d’affaires
chargés de communication au conseil du quartier et chef de secteur de camayenne
