Contre La sansure

La HAC ou la hache: quand l’État guinéen légalise le bâillon

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Ce 30 juin 2025, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a publié une circulaire d’apparence anodine, mais au fond lourd de conséquences : désormais, les Web TV, Web radios et autres médias dits « non autorisés » sont formellement interdits d’accès aux événements publics et officiels en Guinée. Un simple feuillet, signé par son président Boubacar Yacine Diallo, suffit donc à décréter la fin de l’espace médiatique ouvert dans notre pays. Une décision grave, brutale, et dangereuse.

Derrière la technicité administrative de cette lettre circulaire, c’est une volonté politique claire qui se dessine : museler la presse alternative, restreindre le droit à l’information, et confisquer la parole publique au profit d’un régime qui redoute la lumière autant qu’il craint la vérité.

En ciblant les Web médias — ces nouvelles voix portées par la jeunesse, les diasporas et les journalistes de terrain — la HAC choisit de frapper là où la vitalité démocratique est encore un peu vivante. Car soyons lucides : ce ne sont pas des chaînes subversives qui dérangent, mais des vérités simples que l’État ne veut plus voir ni entendre.

Et puisque la vérité est désormais classée “non agréée”, elle devient illégale.

𝐃𝐞 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐠𝐮𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐩𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧 : 𝐮𝐧 𝐠𝐥𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫𝐞𝐮𝐱

Il faut le dire clairement : la régulation des médias est légitime dans une démocratie. La censure, elle, ne l’est jamais. Et cette circulaire n’est pas une régulation. C’est une élimination sélective. Elle ne vise pas à élever les standards journalistiques, mais à assécher les sources d’information indépendantes. Elle n’encadre pas l’exercice de la presse : elle en ferme les issues et verrouille l’accès au réel.

Et pour ce faire, la HAC n’hésite pas à mobiliser les autorités civiles et militaires, demandant aux fonctionnaires de terrain de veiller à l’application stricte de cette directive. En clair : l’armée et l’administration deviennent les nouveaux gendarmes de la parole publique.

𝐋𝐞 𝐦𝐚𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐭𝐨𝐦𝐛𝐞́ : 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐠𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞𝐧 𝐜𝐡𝐨𝐢𝐬𝐢𝐭 𝐥𝐞 𝐬𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞

En démocratie, la presse est un contre-pouvoir. En Guinée, elle devient une cible. Ce n’est pas un hasard si cette interdiction tombe dans un contexte où la liberté d’expression se rétrécit à vue d’œil, où les journalistes critiques sont menacés, emprisonnés ou contraints à l’exil. La circulaire de la HAC n’est pas un document isolé : c’est un épisode de plus dans une série noire de régressions démocratiques.

Ce texte est d’autant plus choquant qu’il émane d’une institution censée garantir le pluralisme de l’information. Mais que reste-t-il de cette mission lorsque la Haute Autorité de la Communication devient, en réalité, la Haute Autorité de la Censure ?

𝐂𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐨𝐧 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐝𝐢𝐭 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐞𝐥𝐥𝐞-𝐦𝐞̂𝐦𝐞

Car interdire les Web médias, ce n’est pas seulement exclure quelques pages Facebook ou YouTube. C’est briser un écosystème fragile mais essentiel, celui de l’expression citoyenne. C’est étouffer les voix rurales, les caméras bénévoles, les analyses communautaires, les reportages militants. C’est déclarer illégitime toute parole qui n’a pas l’estampille de l’État. En somme : c’est refuser à la société le droit de se dire elle-même.

Or une société qui ne peut plus se raconter devient un peuple dépossédé de lui-même.

𝐋𝐚 𝐝𝐞́𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐢𝐞 𝐧𝐞 𝐬’𝐚𝐜𝐜𝐨𝐦𝐦𝐨𝐝𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐮 𝐬𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞 : 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐬’𝐞𝐧 𝐦𝐞𝐮𝐫𝐭

En refusant l’accès aux médias alternatifs, la Guinée renonce à une part de son avenir. Elle renonce à ses jeunes journalistes, à ses blogueurs engagés, à ses caméramans de quartier. Elle leur dit : « vous n’avez pas voix au chapitre ». Elle leur dit : « vous êtes suspects par nature ». Et cela, aucun régime réellement soucieux de justice, de progrès et de paix ne peut l’assumer sans se couvrir de honte.

Aujourd’hui, ce n’est pas la presse qui doit être encadrée : c’est le pouvoir qui doit être rappelé à l’ordre.

La liberté d’informer ne se mendie pas. Elle ne se quémande pas. Elle se défend.

𝐀𝐛𝐨𝐮𝐛𝐚𝐜𝐚𝐫 𝐅𝐨𝐟𝐚𝐧𝐚, 𝐜𝐡𝐫𝐨𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞𝐮𝐫

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