Il faudrait que les dirigeants guinéens comprennent le message de la CEDEAO
Le Ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD), Mory Condé, a accordé un entretien à africaguinee.com (*), dans lequel il analyse la situation sociopolitique de Guinée au cours des onze (11) dernières années. S’est-il rendu compte que le CNRD et Colonel Doumbouya sont en train de répéter les mêmes erreurs qu’Alpha Condé et son RPG a-e-c ont commises ?
Pour Mory Condé, « dans notre pays, tout ce que nous avons connu, comme difficulté, comme crise, comme violence, comme manifestation, ces 11 dernières années, c’était suite aux questions électorales. En 2010, nous savons tous comment et dans quelle condition l’entre-deux tours de l’élection présidentielle a été organisé en Guinée. Ça été émaillé par beaucoup de violences parce que simplement il y’avait une certaine méfiance et un manque de confiance entre les acteurs qui dirigent le processus. Également, après l’élection de l’ancien président Alpha Condé en 2013, il a fallu trois ans pour que les acteurs puissent s’accorder sur le minimum pour pouvoir organiser les élections législatives. Ces élections législatives là aussi ont été le prix de plusieurs âmes« .
Aujourd’hui, le climat sociopolitique est pratiquement le même que celui qui a précédé les élections législatives de 2013. Alpha Condé et sa mouvance ont pris tout leur temps (décembre 2010 à septembre 2013) pour fabriquer un fichier électoral gagnant, avec la complicité du Conseil national de la transition (CNT). C’est exactement ce que Mory Condé, Dansa Kourouma et d’autres sont en train de conseiller au Colonel Doumbouya d’adopter comme méthode pour confisquer le pouvoir.

Le Ministre du MATD, rappelle que « des jeunes guinéens, de femmes et d’enfants guinéens qui sont tombés parce qu’il y’avait des discussions autour de la question du fichier électoral. Après les élections de 2013, pour la réélection du professeur Alpha Condé en 2015, nous avons connu les mêmes violences dans tout le pays et beaucoup d’âmes encore étaient tombées. Il a fallu 8 ans après 2010 pour pouvoir doter les conseils communaux d’exécutif dans les communes urbaines tout comme dans les communes rurales. Tout cela, c’est parce que la question liée au fichier électoral créait assez de complications entre les acteurs gouvernementaux, les acteurs politiques et les autres acteurs sociaux« .
Mais il n’explique pas la raison de cette crise, dont les causes sont incontestablement l’ethnostratégie et le fait que les forces militaires et paramilitaires sont devenues davantage une milice au service du pouvoir. Car, une armée républicaine n’aurait pas tiré sur les populations. Durant la période Alpha Condé, les quartiers et préfectures favorables à l’opposition (UFDG) subissaient régulièrement la répression des forces policières appuyées par la Gendarmerie et l’Armée.
Mory Condé informe que pour changer cette situation, « nous nous sommes dit, pour éviter ces cycles de violences que notre pays a connu, pour éviter que des guinéens se déchirent pour des choses pourtant que nous pouvons faire à l’image des autres pays, à l’issu du recensement général de la population, nous allons engager, le recensement administratif à vocation de l’état civil, pour permettre à notre pays de se doter d’un fichier électoral digne de nom« .
Seulement, la quasi totalité des observateurs estiment que le CNRD n’est pas engagé sur cette voie. Autrement, il aurait accepté la demande des forces vives qui souhaitent la mise en place d’un cadre de dialogue permanent, arbitré par un médiateur nommé par la communauté internationale et comprenant les partenaires économiques et financiers du pays. Alpha Condé avait accepté la mise en place de ce type de cadre. Pourquoi ne pas relancer ce groupe, alors appelé le G5 et qui comprenait la CEDEAO, l’Union européenne, la France, les Etats-Unis et les Nations-Unies ?

Estimant que « l’un des rôles du CNT, c’est bien évidemment l’élaboration d’une nouvelle constitution, qui sera adoptée par voie référendaire« , Mory Condé croit qu’une « fois cette constitution adoptée par voie référendaire, l’erreur que nous avons commise en 2010, de faire élire un président de la République et lui donner la latitude d’installer les institutions à sa guise, sans une forte séparation des pouvoirs, cette fois-ci nous avons estimé qu’à la suite de l’adoption de cette nouvelle constitution par voie référendaire, il fallait aller vers l’installation de toutes les structures qui sont annoncées dans cette nouvelle constitution« .
Si les nouvelles autorités voulaient faire un changement réel, elles auraient également associé les véritables forces vives, dont l’UFDG, l’UFR, le FNDC, le Forum des forces sociales. Il est maintenant permis de croire que ceux qui conseillent le CNRD souhaitent que les Cellou Dalein, Sidya Touré n’aient pas le droit de se présenter aux élections car, ils fausseraient les calculs des stratèges du nouveau pouvoir militaire qui, n’a rien de national.
Mory Condé soutient que « ces institutions vont être installées en bonne et due forme et ensuite aller aux élections locales. Ces élections locales vont permettre d’élire les conseils communaux des communes urbaines et rurales et aller vers les élections régionales. Vous n’êtes pas sans savoir que notre code des collectivités décentralisé en Guinée et nos lois disposent que l’ensemble des conseillers communaux urbains et ruraux d’une région doivent se retrouver 60 jours après l’installation des conseillers communaux pour élire le Haut conseil régional des collectivités« .
Pour que ces élections communales et régionales soient démocratiques, inclusives et transparentes, il faudrait procéder autrement. Il faudrait que pour chaque niveau d’élection, il y ait des listes que les électeurs vont choisir. Chaque parti aura sa liste pour les districts, les communes et la région. Ainsi, le jour des élections, seront élus le même jour les conseils des Districts, de Communes et de Régions. Il faudrait que les réformes constitutionnelles consacrent les pouvoirs locaux et que l’Administration n’ait plus de démettre des élus à sa guise.
Poursuivant, Mory Condé souligne qu’après « cette élection, au niveau régional, nous allons encore voir les imperfections que nous avons connu lors des élections locales ou référendaires pour l’adoption de la nouvelle constitution, nous allons apporter ces corrections sur le nouveau fichier électoral et aller vers l’élection de nos députés. A la suite de cela, les députés vont être installés et nous allons nous acheminer vers l’élection présidentielle. Mais bien avant, nous allons voir aussi est-ce qu’il y a eu des imperfections cette fois ci à travers l’établissement d’un fichier électoral qui puisse être à mesure d’unir les guinéens mais qui ne soit pas source de discorde ou de conflit« .

Le Ministre Mory Condé rappelle que « ni les membres du Comité National pour le Rassemblement et le Développement, ni les membres du gouvernement, ni les membres du conseil national de la transition ne seront candidats à aucune de ces élections, qui doivent être organisées pour mettre fin à la transition. Donc il n’y a pas raison de polémiquer » et souligne que « lorsque ces élections législatives sont organisées, les députés installés, nous allons nous acheminer vers l’élection du président de la République qui sera ouverte à tous les guinéens… »
Ce qui serait intéressant, c’est que les députés uninominaux soient élus en même temps que les conseillers communaux et régionaux. Et que l’élection présidentielle soit couplée à celles des députés sur la liste proportionnelle et des conseils de quartiers. Si cela est fait, de cette manière, la Guinée n’aura que deux (2) élections pour choisir ses dirigeants à tous les niveaux. Le plus important est que la Constitution prévoit les limites de chacun des pouvoirs élus et que l’Administration (fonctionnaires nommés) ne s’immisce pas dans le domaine politique (choix des populations).
Mory Condé a également informé que « le président de la République a jugé qu’il fallait venir vers vous, avec le premier ministre, vous expliquer cela, et demander à tout un chacun le soutien de cet agenda de la transition afin que le délai qui a été validé par le Conseil National de la Transition qui est l’organe législatif, à travers une résolution qui est 36 mois, soit mis en œuvre. Il faut éviter que notre pays baigne dans de nouveaux cycles de violence que nous n’avons pas besoin« .

Si le CNRD et son gouvernement (MATD et mains noires), qui ont choisi la quasi totalité des membres du CNT veulent, comme le dit le Ministre Mory Condé « éviter que notre pays baigne dans de nouveaux cycles de violence que nous n’avons pas besoin« , il faudrait bien qu’ils acceptent la demande des forces vives, en lesquelles se reconnaissent la quasi totalité des guinéens, qui ont soutenu le renversement de l’ex président Alpha Condé par les forces spéciales, sans leur donner un mandat de gestion du pays.
Il faudrait que les dirigeants guinéens comprennent le message de la CEDEAO et agissent en conséquence.
La proposition du FNDC, qui ressemble beaucoup à celles de nombreuses formations politiques et des forces sociales est une voie à adopter. Le CNRD aura toujours le temps qu’il lui resterait pour réaliser les projets engagés par le régime d’Alpha Condé, qui avait mobilisé les ressources financières à cet effet.
Il est possible d’envisager des élections locales (District, Communes, Régions et Députation uninominale) pour janvier 2023. Et pour cela, il faudrait que le CNRD accepte la mise en place du cadre de dialogue permanent, qui ne peut être celui de concertation qu’il a mis en place, comme à ses habitudes, unilatéralement.
Ibrahima Sory BALDÉ
(*) https://africaguinee.com/articles/2022/05/19/fichier-electoral-elections-mory-conde-fait-des-annonces-fortes
