Les autorités guinéennes répliquent à la sortie de Kassi Brou, mais aggravent la situation
Dans une conférence de presse animée par le Colonel Amara Camara, Ministre Secrétaire général de la présidence et Porte-parole de la Présidence, et Ousmane Gaoual Diallo, Ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et porte-parole du gouvernement, les autorités guinéennes ont répliqué à la sortie de Kassi Brou, président de la Commission de la CEDEAO.
Celui que certains appellent « le vice-président, parce qu’il a une délégation de signature du président« , Colonel Amara Camara a indiqué que « la CEDEAO est une institution respectable que la Guinée respecte, une institution dont la Guinée a participé à la création. Nous respectons les idéaux et les valeurs de la CEDEAO. Nous dissocions également la personne de M. Brou de la CEDEAO », et souligné que le président de la Commission (Jean Claude Kassi Brou, ndlr) a manqué « d’élégance, du respect même pour l’institution qu’on représente« .

Pour lui, M. Brou s’est permis « de prendre la parole au nom de l’institution sans qu’elle-même ne se prononce. Souvent, quand on est dans la passion, on peut perdre la raison on peut se tromper de cible. Il est quand même important à un certain moment de dépassionner le débat et aller dans le sens de la responsabilité ».
Colonel Amara Camara pense que le président de la Commission de la CEDEAO n’est pas la « bonne personne pour nous donner cette leçon de respect ou quoi que ce soit à la Guinée dans la mesure où lui-même son mandat est à questionner à la CEDEAO. Je vois mal, quand on ne peut pas se faire une certaine violence pour respecter ou faire respecter son mandat, comment on peut parler à autres personnes pour dire fait ceci ou cela. Ça s’appelle un manque d’élégance« .
À son tour de parole, Ousmane Gaoual Diallo a dit qu’ils ont « été surpris et même déçus de cette prise de parole par ce responsable de cette institution ouest africaine. En temps normal M. Brou se prononce après la conférence des chefs d’État de la CEDEAO, dont il porte la parole, dont il traduit les décisions pour l’opinion publique. C’est inamical qu’une autorité de ce niveau, qui doit agir sous le coup des instructions des chefs d’État, se permet de faire ce type de commentaire« .
Poursuivant, l’ex conseiller de Cellou Dalein Diallo a rappelé que « M. Brou n’est pas exempt de reproche dans la situation de la Guinée. Il le sait pertinemment parce que moi j’étais invité à une réunion qu’il a présidée chez Cellou Dalein. C’est à la sortie de là qu’on a cueilli Fodé Oussou et Kalémoudou Yansané. Moi-même j’étais obligé de confier mon téléphone à un journaliste parce qu’on était sûrs qu’ils allaient nous cueillir un à un pour nous emmener. Je n’ai pas vu une seule déclaration de M. Brou condamnant ça« .
Le CNRD et le gouvernement sont en mauvaise position
Pour un analyste politique, « cette sortie a été mal préparée par le gouvernement guinéen. Une conférence de presse n’était même pas nécessaire. Une déclaration du Ministre des Affaires étrangères aurait été suffisante. Car c’est l’interlocuteur de M. Kassi Brou. Mais là, le CNRD et le gouvernement sont en mauvaise position. Ils sont issus d’un coup d’État certes applaudi, mais ont perdu la légitimité populaire. La CEDEAO le sait. Au Mali, les putschistes que ceux de Conakry copient ont opté une longue transition. La CEDEAO leur a dit non. C’est la même chose que cette CEDEAO dit pour la Guinée. Il ne faut que Colonel Doumbouya et ses camarades oublient qu’ils n’ont jamais été élus et qu’ils ont commis, à la demande du régime dictatorial, des crimes« .
« Au cours des prochains jours, c’est sûr que les chefs d’État vont organiser un sommet extraordinaire consacré au cas de la Guinée car, cette sortie de ces deux poids lourds du nouveau régime guinéen laisse comprendre qu’elles accepteront difficilement une réduction des 36 mois que le CNT leur a accordés en violation de la Charte de la transition« , souligne cet analyste.
