Contre La sansure

Le marché de la honte : Bah Oury, distributeur officiel de billets pour enterrement de la démocratie

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Ils ont tiré.
Ils ont kidnappé.
Ils ont torturé.
Ils ont tué.
Et maintenant, ils viennent distribuer des enveloppes.
Bienvenue en Guinée, ce pays où l’on efface les crimes d’État à coups de subventions, où l’on maquille une dictature militaire en démocratie participative grâce à quelques billets bien placés.
Bah Oury est devenu le vendeur ambulant du CNRD, chargé de fourguer une transition pourrie à des partis affamés, en espérant que le goût du sang s’évapore dans l’odeur de l’argent.
La grande illusion : un dialogue en toc pour une transition en toc
Bah Oury parle de dialogue.
Mais c’est un piège, une embuscade, un guet-apens politique tendu à la République.
Il ne dialogue pas. Il trie. Il achète. Il trie les dociles, écarte les dignes, promet aux faibles et menace les têtus.
Ce qu’il propose n’est pas une discussion nationale, mais une opération de blanchiment politique pour valider ce que le CNRD a déjà cousu en coulisses : une constitution de contrebande, un processus électoral verrouillé, un pouvoir à vie travesti en retour à l’ordre.
Bah Oury, ministre de la parole creuse et des promesses frelatées
Il était une voix libre. Il n’est plus qu’un écho lointain du pouvoir qu’il sert.
Bah Oury est désormais le contremaître de la duplicité politique, chargé de distribuer des billets de banque là où il faudrait des certificats de décès, des mandats d’arrêt et des hommages nationaux.
Il distribue des subventions ?
Qu’on nous montre les lignes budgétaires où figurent les familles de disparus.
Il parle de revendications ?
Qu’il commence par retrouver les corps.
Il annonce des rencontres ?
Qu’il aille d’abord s’expliquer sur les fosses communes.
Un pouvoir qui tue et paie, comme un dealer qui offre le café après l’overdose
La stratégie est aussi vieille que cynique :
On terrorise,
On décime,
Puis on sort le chéquier pour calmer les survivants.
Le CNRD n’a rien à offrir, sinon la peur, le sang et la manipulation.
Et maintenant qu’il sent le sol trembler sous ses bottes, il espère se construire une légitimité à coups de billets.
Mais qui peut oublier ?
Les jeunes criblés de balles à Wanindara et à Koloma ?
Les militants politiques embarqués de nuit et portés disparus ?
Les opposants torturés à la DGSE comme en temps de guerre ?
Les exécutions extra-judiciaires, les intimidations, les simulacres de justice ?
Et pendant que le peuple gémit, des partis sont invités à aller signer leur déshonneur contre espèces sonnantes et trébuchantes.
Un dialogue sous anesthésie générale, dans un pays sous respiration militaire
Il n’y a plus d’espace public, plus de presse libre, plus de manifestation autorisée, plus d’opposition audible.
La Guinée étouffe.
Et Bah Oury tend un micro pour nous faire croire qu’on va discuter.
Non.
On ne discute pas avec des fusils braqués sur la tempe du peuple.
On ne négocie pas avec des mains encore tâchées de sang.
On ne signe pas un contrat politique sur les cadavres encore chauds des nôtres.
Le vrai visage de cette transition : corruption politique, assassinats d’État, et mise en scène de la soumission
Ce n’est pas un dialogue.
C’est une tentative d’étouffer les dernières poches de dignité.
Ce n’est pas une transition.
C’est une entreprise criminelle qui cherche des figurants pour sa prochaine pièce.
Chaque parti qui s’assoit à cette table sans conditions préalables devient complice.
Complice d’un système qui tue.
Complice d’un État qui ment.
Complice d’une mascarade historique.
Qu’ils gardent leurs billets.
Qu’ils gardent leurs fausses invitations.
Qu’ils gardent leur Constitution cousue dans la nuit, par des mains tremblantes et illégitimes.
La Guinée ne se vend pas. Elle se libère. Par la vérité. Par la mémoire. Par la justice.
Et ceux qui pactisent avec les bourreaux auront beau parler de démocratie, ils resteront des traîtres — achetés, usés, jetables.

Alpha Issagha Diallo

Chroniqueur libre, non subventionné, allergique aux dialogues en liquide et aux Constitutions cousues dans le noir.

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