Contre La sansure

L’enterrement du flingueur “Cellou Baldé, jadis tonnerre, aujourd’hui tondu. Le gouverneur de Labé a vengé toutes les réunions ratées.”

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Labé, samedi. La République déroule son chiffon constitutionnel, ses slogans recyclés, ses casquettes repassées.
Mais dans ce théâtre poussiéreux, un moment d’anthologie a échappé au protocole.
Le face-à-face entre Cellou Baldé et le gouverneur de Labé, Colonel Robert Soumah.
Pas une rencontre.
Une cérémonie d’enterrement sans cercueil.
Le gouverneur s’illumine
Colonel Robert Soumah, gouverneur de région, guette l’arrivée du ministre Mory Condé.
Le cortège débarque. La poussière monte. Les képis s’alignent.
Mais lui… il voit autre chose.
Une silhouette déjà là. Figée. Silencieuse. En veste Mao. Casquette enfoncée.
Cellou Baldé.
L’homme qui l’insultait hier, qui hurlait contre le CNRD, qui exigeait sa tête.
Et là, Robert Soumah ne peut plus se contenir.
Robert Soumah (au ministre, l’air rayonnant) :
— Excellence, je vous prie… laissez-moi aller honorer une relique politique.
— Cellou Baldé est là. Pas en invité. Pas en chef. En silence. En attente.
— Même pas une cravate. Une casquette pour baisser les yeux. Une veste fermée comme une bouche de honte.
— Je vais faire ce que personne n’a encore fait : lui offrir son acte de décès politique. Avec les honneurs de la République qu’il moquait.
Et il s’éloigne, triomphant.
Pas vers le ministre. Vers la victime.
Le fauve devenu mouton
Cellou Baldé, lui, reste droit.
Mais tout en lui est en repli :
Pas de micro. Pas de drapeau. Pas de slogan.
Juste un regard éteint. Et un habit bleu boutonné jusqu’au cou, comme pour retenir les restes d’une fierté en fuite.
Le gouverneur l’approche. Le toise. Le touche presque.
Robert Soumah (voix douce et sadique) :
— Tu es venu, Cellou. Tu n’as pas crié. Tu n’as pas protesté.
Tu as juste attendu qu’on t’immortalise dans ta soumission.
— Aujourd’hui, tu ne dénonces plus. Tu valides.
Tu ne combats plus. Tu composes.
Tu n’opposes plus. Tu poses.
La foule n’en peut plus
— “Même la casquette de Cellou baisse les yeux.”
— “Le gars qui criait ‘libérez le peuple’, aujourd’hui c’est lui qui quémande un selfie de loyauté.”
— “Le gouverneur a bien fait de repasser son uniforme : il enterre un lion.”
L’instant historique
Le gouverneur se penche. Pose la main sur l’épaule de l’ancien combattant.
Un photographe s’avance.
Clic. Flash. Fin.

Robert Soumah (regard au loin) :

 

— Cette image n’est pas une photo. C’est un avertissement.
Un opposant peut tout dire… jusqu’au jour où il attend un poste.

 

Mamadi reçoit le cliché

Au palais, Mamadi Doumbouya reçoit la photo sur son téléphone.
Il l’ouvre. Il rigole. Il montre à ses proches :
“Il est venu sans cravate. Il est reparti sans honneur.”
“Je l’ai pas combattu. Je l’ai absorbé.”
“Même la poussière de Labé a plus de dignité que ce revirement.”
Cellou Baldé ?
Ancien tonnerre, devenu tondu.
Voix du peuple, devenue écho du gouverneur.
Recyclé. Rendu. Ravalé.
Enterré sans discours. Sans panache. Sans mémoire.
Et dans les rues de Labé, le peuple commente :
— “Même sa veste est plus droite que son parcours.”
— “On n’a pas vu Cellou se retourner. On l’a vu se replier.”
— “Hier il insultait les képis. Aujourd’hui il sourit sous leurs médailles.”

Alpha Issagha Diallo

Observateur hilarant d’un enterrement tragi-comique politique.
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