À LABE : Ce n’est pas l’imam, c’est le système. Et le système a ses agents.
Je ne suis pas un défenseur de l’imam de Labé. Et je n’ai jamais été un partisan de ses incursions dans l’arène politique. Mais cette fois, il faut dire les choses comme elles sont : ce qui s’est passé à Labé est plus complexe qu’un simple cliché. Ce n’est pas une question d’imam. C’est une question de calcul politique froid, cynique, assumé. Et dans ce domaine, Ousmane Gaoual Diallo est passé maître.
Je parle en connaissance de cause. Je le connais. Nous avons été proches, longtemps. Dans la même lutte, parfois sur les mêmes bancs, souvent sur les mêmes routes. Je garde encore plein de photos qui datent d’un temps où la conviction était encore intacte. Avant la mue. Avant le costume de la trahison.
Aujourd’hui, il a troqué le mégaphone de la résistance contre le manuel du pouvoir. Il a appris vite, très vite. Jusqu’à devenir ce messager rusé, envoyé au Fouta avec une seule mission : extorquer une image. Une image forte. Une image frappante. Une image exploitable. Celle de l’imam de Labé tenant le Projet de Nouvelle Constitution, flanqué de deux vétérans du régime.
Pourquoi Labé ? Parce que Labé est plus qu’une ville. C’est un symbole. Un centre névralgique. Une conscience collective. Une autorité morale. Si vous obtenez l’imam, vous obtenez une partie du cœur du Fouta. Du moins, c’est ce qu’ils croient.
Mais soyons lucides : l’imam n’est pas libre. Il est sous influence. Et cette influence, elle porte un nom : Safioulaye Bah. Voilà le vrai problème. Voilà le chaînon que personne n’ose nommer. Celui qui, tapis dans l’ombre, orchestre depuis des années la soumission de la notabilité aux régimes successifs.
Safioulaye Bah, ancien préfet, vieux routier de la République, parasite permanent de l’État, est le conseiller officieux, le « grand frère », le relais. Il est membre de la ligue religieuse à temps partiel, en fonction des vents. Quand le pouvoir l’appelle, il se rend utile. Quand il est écarté, il rentre en sommeil. Mais toujours là. Toujours à l’affût. Prêt à sacrifier l’autonomie morale de Labé pour une promesse de poste.
C’est lui le levier. C’est lui la courroie. C’est lui qui a offert à Ousmane Gaoual l’accès à l’imam. Et c’est Ousmane Gaoual qui, fort de cette complicité, a mené l’opération. Je suis prêt à parier qu’il a utilisé tous les leviers, y compris les plus tordus. Le chantage affectif. La menace voilée. Le nom du président comme appât. Une mise en scène réglée au millimètre pour qu’à la fin, l’image soit prise.
Mais que chacun comprenne bien : ce n’est pas l’imam qui cherche l’image. Ce sont eux qui la veulent. Et ils savent comment l’arracher. Ce sont eux les stratèges, les manipulateurs, les professionnels de l’instrumentalisation morale. Ce sont eux qui affaiblissent Labé. Ce sont eux qui divisent le Fouta.
Je n’excuse pas l’imam. Je dénonce ceux qui l’utilisent. Je ne défends pas sa posture. Je révèle ceux qui la fabriquent. Et je le dis clairement : l’imam de Labé, dans cette affaire, est moins acteur que captif. Le problème, ce ne sont pas ses gestes. C’est la main qui les guide. Et cette main, elle vient d’ailleurs.
Labé mérite mieux. Le Fouta ne doit pas se laisser berner. Et ceux qui trahissent aujourd’hui seront jugés demain.

