Contre La sansure

À ceux que l’on tient captifs pour avoir cru en la République

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Il est des âmes que nul cachot ne saurait avilir, des convictions que même l’ombre d’un cachot ne peut étouffer. Il est des hommes et des femmes que l’on enferme pour ce qu’ils représentent, pour ce qu’ils espèrent, ou pour ce qu’ils furent. Cette tribune se veut un hommage solennel à tous les prisonniers politiques de notre temps, et tout particulièrement à ceux du RPG Arc-en-ciel, qu’ils aient exercé de hautes charges ou qu’ils soient demeurés de simples citoyens engagés.

Oui, certains furent ministres, députés, cadres ou figures connues. D’autres, bien plus nombreux, sont restés dans l’ombre : militants de quartier, responsables de section, sympathisants fidèles, ou simples compatriotes dont l’attachement à une cause a suffi à leur valoir la geôle. À tous, nous rendons hommage.

Qu’ils aient gouverné ou non, tous ont en partage une même douleur : celle d’avoir été arrachés à leur vie, à leurs familles, à leur dignité, non par la justice équitable, mais par l’usage sélectif et politique de la répression. Car ce n’est point la faute prouvée qui a guidé leur sort, mais bien souvent l’appartenance, l’engagement, ou le silence coupable de ne pas avoir applaudi le nouvel ordre.

Et pourtant, dans ces cellules où l’on croyait briser leur volonté, ils se sont élevés. Leurs corps peut-être sont enfermés, mais leurs âmes, elles, voguent librement dans les hauteurs de l’honneur. Ils sont les témoins d’une époque où la justice chancelle, où l’équité se courbe, où la transition oublie ses promesses.

La République ne se grandit pas en frappant ses enfants selon qu’ils plaisent ou non au pouvoir du jour. Elle s’abaisse lorsqu’elle transforme la différence en menace, la mémoire en faute, la fidélité en crime. Gouverner, ce n’est point effacer, c’est composer. Transiter, ce n’est point punir, c’est rassembler.

À vous, dignes captifs d’un temps troublé, votre silence est plus fort que mille discours. Vous portez en vous la preuve que la foi en la République ne se négocie pas, qu’elle ne se dissout pas dans l’adversité, qu’elle se renforce même quand l’injustice frappe.

Nous appelons ici, avec gravité et sans haine, à la fin des détentions arbitraires. La Guinée ne guérira de ses blessures que lorsqu’elle regardera tous ses enfants avec la même exigence, le même respect, le même droit. Les prisons ne doivent pas devenir les chambres de punition des opposants, ni les couloirs d’effacement de ceux qui dérangent.

Que cette tribune soit le flambeau que l’on élève face aux ténèbres. Un appel à la conscience des décideurs. Un message aux opprimés. Et une prière pour que le vent de justice souffle, enfin, sur tous ceux que l’on a privés de lumière.

Konaté Lanciné

Jeunesse du RPG Arc-en-Ciel.

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