President Doumbouya, débarrassez-vous des médiocres
En Guinée, l’ascenseur social fonctionne à l’envers : plus vous êtes incompétent, plus vous montez. Le mérite ? Suspect. La compétence ? Une menace. L’intégrité ? Une anomalie. Depuis des années, notre administration publique est devenue un théâtre d’ombres où les clowns occupent les premiers rôles, et les bâtisseurs sont relégués au rang de figurants.
Dernier épisode en date : un décret présidentiel divise certains ministères en deux. Une recomposition ministérielle se prépare. Et pendant que le peuple guette un gouvernement de compétence et de résultats, les anciens courtisans se remettent en selle, les faiseurs de deals font chauffer leurs téléphones, et les médiocres affûtent leurs stratégies pour redevenir utiles, non pas à la République, mais à eux-mêmes.
Être ministre en Guinée : l’art de paraître, l’oubli de servir
Ici, nul besoin d’avoir géré une institution, dirigé un projet ou défendu une politique publique pour devenir ministre. Il suffit d’avoir un nom connu dans les cercles du pouvoir, un talent pour la flatterie bien dosée, et un réseau d’alliances opportunes.
Résultat : des ministères cruciaux sont confiés à des aventuriers politiques, des bavards professionnels ou des communicateurs d’eux-mêmes. Et quand, par miracle, l’un d’eux parvient à lancer une réforme sérieuse, ses collègues s’empressent de la saboter pour ne pas être éclaboussés par la comparaison.
La fonction de ministre est devenue un refuge pour ceux qui fuient la reddition de comptes, un sanctuaire pour les experts du paraître. Pendant ce temps, le citoyen attend une route, une école, un hôpital, un espoir.
Mamadi Doumbouya : l’intention trahie par les hommes
Le 5 septembre 2021, le Général Mamadi Doumbouya a posé un acte historique. Il a promis une refondation de l’État, une gouvernance responsable, une rupture nette avec les pratiques d’un autre âge. Il en avait le ton, l’énergie, la sincérité. Beaucoup y ont cru. Et beaucoup y croient encore.
Mais gouverner, ce n’est pas seulement prononcer des discours forts. C’est surtout s’entourer d’hommes et de femmes capables de transformer une vision en stratégies, des intentions en résultats. Et c’est là que le bât blesse. Le Président, sans doute trahi par ses propres lieutenants, a vu son projet miné de l’intérieur par ceux qui ont juré de l’accompagner.
Le décret qui annonce la scission de certains ministères offre donc une opportunité rare : celle de repartir sur des bases neuves, de faire le ménage, d’en finir avec la République des copains et des courtisans, et de construire enfin une République des compétents.
Le peuple en a marre des imposteurs
Pendant que les postes se négocient dans les salons, le peuple, lui, n’a ni courant, ni eau, ni soins de santé, ni foi dans les promesses. Il ne demande pas la lune. Il demande des routes praticables, des écoles qui enseignent, des hôpitaux qui soignent, des fonctionnaires qui respectent. Il demande à vivre dans un pays où le ministre n’est pas celui qui parle le plus fort, mais celui qui travaille le plus dur.
Il est temps de tourner la page des gouvernements de décor, des équipes bâties sur la loyauté servile plutôt que sur la compétence éprouvée. Le changement ne viendra pas tant que les mêmes profils toxiques, recyclés à l’infini, continueront à se partager les miettes du pouvoir.
Monsieur le Président, la balle est dans votre camp
Vous avez encore la confiance d’une partie du peuple. Vous avez encore les moyens de rompre avec le passé. Mais cette recomposition ministérielle sera décisive. Elle dira si vous avez choisi de résister au système ou de lui céder. Elle dira si vous voulez gouverner pour le peuple ou administrer la survie politique d’une élite dépassée.
Ce pays ne peut plus se permettre une transition pour rien.
Il faut faire tomber les masques
La Guinée n’est pas pauvre, elle est sabotée. Elle n’est pas instable, elle est trahie. Elle n’est pas en transition, elle est en otage.
Si ce nouveau gouvernement n’est qu’un rebranding des anciens dysfonctionnements, alors les Guinéens comprendront que la refondation était un slogan, pas un projet. Mais si, au contraire, cette recomposition marque le début d’un vrai changement, fondé sur le mérite, la compétence et l’intégrité, alors la transition pourra enfin justifier son nom.
Monsieur le Président, l’Histoire vous regarde.
Le peuple vous observe.
Les médiocres s’organisent.
Et l’avenir attend.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah
Entrepreneur, auteur et expert en transformation stratégique
Caroline Du Nord, USA
