Contre La sansure

De la Justice empêchée naît le soupçon d’un État injuste 

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À force de remettre à demain l’œuvre de justice, l’on finit par semer aujourd’hui les germes du discrédit. Ce qui s’annonçait comme une procédure légitime devient, à mesure qu’il s’étire, le miroir d’une justice entravée, d’une République vacillante, et d’un pouvoir qui redoute le verdict plus qu’il ne le prononce. Face au mutisme institutionnel, il devient impérieux de rappeler que différer, c’est parfois trahir.

 

Messieurs les Détenteurs de la Majesté Républicaine,

C’est en mon âme et conscience que je m’adresse à vous, non point en flagorneur de circonstance, mais en vigie affligée par le naufrage annoncé de l’institution judiciaire, cet auguste pilier sans lequel nulle cité ne saurait prétendre au nom d’État.

Or donc, depuis que la Cour a, le 27 février de l’an de grâce 2025, rendu son premier oracle à l’encontre de Monsieur Kassory Fofana, jadis Premier ministre de cette même République qu’il servit avec constance, les auspices de l’équité semblent s’être obscurcis sous les cieux tourmentés de la transition.

À ce jour, l’instance judiciaire en appel, loin d’être ce champ de vérité où s’affronteraient rigueur de l’accusation et force de la défense, n’est plus que l’ombre d’un théâtre juridico-politique, où l’on renvoie sans juger, où l’on ajourne sans fin, sous le prétexte, devenu refrain, d’une collégialité judiciaire incomplète. Cinquième renvoi consécutif. Cinquième camouflage d’un silence devenu doctrine. Bien que le fond soit dénué d’éléments probants, la forme elle-même n’a point été respectée, ce qui accroît davantage la suspicion et ternit la rigueur de l’institution.

Hélas… Qu’avons-nous fait de cette noble Dame, la Justice, que nos devanciers vêtirent de toge et d’impartialité…? L’aurait-on réduite à l’état de marionnette pantelante, suspendue aux fils invisibles des desseins politiques…? Est-ce là le destin d’une République qui se dit refondée, que de renier ses propres principes par l’inertie du droit…?

On proclame une croisade contre l’impunité, mais l’on s’enlise dans un évitement judiciaire dilatoire. Pendant ce temps, un homme, fût-il jadis au sommet de l’État, subit une détention préventive prolongée, non pas sur la foi d’une décision souveraine, mais en raison d’une carence juridictionnelle éhontée. Où donc est la décence de nos lois…? Où donc est le souffle du droit qui rend à chacun ce qui lui est dû…?

Monsieur Kassory Fofana, selon des certificats cliniques probants, se trouve dans un état de santé gravement altéré, rendant indispensable une évacuation hors des frontières nationales afin de recevoir des soins spécialisés conformes aux exigences de la dignité humaine. 
Les décideurs en matière d’évacuation et de grâce doivent aussi s’interroger sur les effets dans l’opinion publique des décisions similaires prises par le passé. Presque tous ceux qui ont bénéficié d’une évacuation ou d’une grâce ont vu leur cas accueilli favorablement par la population. Or, gouverner, c’est agir pour le peuple, avec le peuple et dans le respect de sa conscience collective.

Oserai-je le dire…? Oui, j’ose : ce n’est point le sort de Monsieur Kassory seul qui se joue en ces heures sombres, mais la crédibilité entière de notre système judiciaire, la respiration morale de notre droit, la foi du peuple en l’équité républicaine.

Car, ce qui s’ajourne sans cesse n’est plus procès, mais supplice lent. Ce qui tarde à se dire devient soupçon. Et ce que l’on prétend instruire sans trancher, finit toujours par instruire contre l’État lui-même.

S’il est vrai, comme l’enseignait Montesquieu, que « toute puissance sans frein court au despotisme », alors convenons que toute justice sans borne temporelle glisse vers l’arbitraire. Que l’on juge, ou que l’on relâche. Mais que l’on cesse de dissimuler l’inaction derrière les dehors d’une procédure sacralisée.

Il est temps que nos tribunaux s’élèvent au rang qu’exige leur mission : rendre la justice au nom du peuple, et non au service d’un calcul. Il est temps que nos magistrats réaffirment, par la fermeté de leur serment, que nulle pression, fût-elle du Prince ou du Peuple, ne saurait faire ployer l’échine de la loi.

Que la République se ressaisisse donc…! Car elle ne brille point par la quantité de têtes tombées, mais par la qualité des procès rendus. Elle ne s’élève pas en persécutant l’ancien, mais en honorant la procédure. Et l’Histoire, inexorable et lucide, ne retient que la vertu des institutions, non le vacarme des postures.

J’implore donc, au nom du pacte républicain, un réveil de la conscience judiciaire.

Konaté Lanciné

Jeunesse du RPG Arc-en-Ciel.

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