Série spéciale : Le ministère du vent Épisode 1: La nuit du décret Conakry, 20h46.
Dans un petit salon mal ventilé de Lambanyi, un homme tourne en rond. Ce n’est pas n’importe quel homme : c’est Makanéra Kaké, spécialiste ès trahison, licencié en vociférations publiques, docteur honoris causa en insultes contre Cellou Dalein Diallo.
Ce soir, il n’a qu’un objectif : entrer dans l’Histoire. Ou, au pire, dans le gouvernement.
Costume repassé. Cravate mal nouée. Téléphone bien chargé.
Il a acheté une bouteille de soda, prévu des arachides pour fêter sa nomination.
Il a même bloqué son tailleur pour un « boubou présidentiel ».
« Cette fois, c’est mon tour. Je mérite un ministère. J’ai insulté plus fort que tous. J’ai donné de ma salive. J’ai tout cassé sur Cellou ! »
Oui, le pari était simple :
Aboyer contre Cellou Dalein matin, midi et soir.
Lancer des directs trempés de haine.
Rire aux blagues de Mamadi, même les plus nulles.
Et en échange… un poste. Un strapontin. Un os

À l’écran de la RTG, le Général Amara Camara fait son entrée.
Voix posée, diction parfaite. Il commence à égrener les décrets.
Le cœur de Makanéra bat comme un tamtam mal accordé.
« Il va me nommer. Je le sens. Je le vois dans ses yeux. Ce regard… ce regard, c’est pour moi ! »
Il voit de la tendresse. De l’espoir. De la reconnaissance.
Il est persuadé que le Général lui fait un clin d’œil codé, une sorte de télépathie institutionnelle.
« Allez Amara, ne me fais pas ça. Dis mon nom. Dis Mak… Makanéra… »
Mais Amara continue.
Ministre du Budget…
Ministre de la Fonction publique…
Ministre de la Réconciliation…
Toujours rien.
20h57. La paranoïa commence.
Le regard du Général devient plus sérieux. Plus froid. Plus tranchant.
Dans l’imagination malade de Makanéra, c’est personnel.
« Non… il me regarde comme un cafard. Il veut m’humilier. Il a sauté mon nom volontairement ! »
Il se lève.
Il approche du téléviseur.
Il parle à l’image comme à un vieux rival.
« Toi aussi, Amara ? Tu m’as vendu ? Tu me trahis ? Tu as effacé mon destin du décret présidentiel ! »
Il jure d’avoir vu le coin de la bouche du Général se crisper…
“Un rictus moqueur !” s’écrie-t-il.
Il appelle ça “la gifle silencieuse du pouvoir”.
Et là, la vérité le frappe :
Il n’aura rien.
Pas même Ministre délégué aux affaires futiles.
Pas même ambassadeur des égarés politiques.
Pas même chargé de mission au ministère de l’échec.
Il a été oublié. Rayé. Éjecté. Largué.
21h12. Crise existentielle.
Il entre en transe. Il parle à lui-même.
« J’ai tout fait pour eux. J’ai traîné Cellou dans la boue. J’ai menacé, menti, pleurniché. Et eux ? Rien ! Même pas un poste de chargé des courants d’air ! »
Il explose :
« J’ai été fidèle à leur traîtrise ! Je mérite un grade dans l’infamie nationale ! »
Pendant ce temps, chez ses proches…
Son cousin au ministère du Commerce ne répond plus aux appels.
Son camarade et rival de trahison, Cheick Tidiane Traoré, vient de poster une photo avec le président, sourire jusqu’aux oreilles.
Lui, Makanéra, est seul. Avec ses regrets. Et son ventilateur.
22h. Il lance un live Facebook.
Peignoir débraillé, yeux gonflés, voix tremblante.
Il commence fort :
« Mes chers compatriotes, la Guinée est en danger ! Le vrai problème du pays, c’est Cellou Dalein Diallo ! »
Toujours lui.
Cellou, encore.
Cellou, toujours.
Parce que c’est le seul nom qu’il lui reste.
Il vocifère, il tremble, il accuse.
« Si je ne suis pas ministre aujourd’hui, c’est la faute à Cellou ! Il m’a bloqué mystiquement ! Il a saboté ma montée en puissance ! »
Et que disent les internautes ?
Certains rient.
D’autres commentent :
— “Tonton, va dormir.”
— “C’est fini, le poste t’a échappé, accepte.”
— “Le ministère du vent est à ta disposition.”
Son nouveau palmarès :
Ministre du Vent
Secrétaire général au Bureau des Contorsions politiques
Délégué spécial aux rancunes éternelles
Inspecteur divisionnaire en jalousie celloulienne
Conseiller chargé des directs inutiles
Ambassadeur itinérant de la frustration chronique
“La trahison ne paie pas toujours. Mais elle donne des courants d’air.”
Le live coupe.
Son téléphone s’éteint.
L’écran de la RTG est noir.
Il reste là, seul, dans son salon.
Une larme coule.
Pas à cause de Cellou.
À cause de lui-même.
« J’aurais pu être digne. J’ai préféré ramper. J’ai fini balayé. »
Le ministère du vent.
Un poste réservé à ceux qui n’ont plus rien, sauf leur haine.
Alpha Issagha Diallo

Écrivain, témoin du réel, Chroniqueur de la lâcheté politique
Ministre plénipotentiaire du sarcasme républicain
Témoin lucide d’une époque de vent et de vide
2025-08-05, 11 h 47 – Baldé Ibrahima Sory: J’étais chez mon médecin de famille…
