Série spéciale : Le ministère du vent Épisode 2: Cellou au menu, Makanéra en service traiteur
« Nomination différée, rage libérée »
Palais M5 — Petit Conseil Restreint deux jours après le remaniement du gouvernement.
Mamadi Doumbouya, Président de la Transition
Djiba Diakité, Conseiller spécial, stratège en chef du camouflage institutionnel
Amara Camara, ministre spécialiste des strapontins et des sourires qui veulent des postes
Rideaux des fenêtres fermés. Bruit feutré d’une climatisation. Trois fauteuils et un plateau de noix de cajou sur une table. Une télévision éteinte en fond.
Mamadi Doumbouya (bras croisés, l’air songeur)
– Makanéra… Quel homme. Depuis deux semaines, il souffle plus fort que le vent d’Harmattan. Il cogne, il aboie, il mord. Même moi, parfois, je frissonne.
Djiba Diakité (sourire malin, posant sa tasse)
– Excellence, il est notre meilleur micro ouvert. Il dégaine plus vite que notre porte-parole officiel. À lui seul, il affronte l’armée numérique des Talibés de Cellou. Il est leur cauchemar, leur prêcheur maléfique.
Amara Camara (remuant sur son siège)
– Justement, Président… Je pense qu’il mérite un petit quelque chose. Un strapontin, un titre honorifique. Même un ministère de la haine recyclée. Ce n’est pas les appellations qui manquent.
Djiba Diakité (le coupe d’un geste sec)
– Malheur ! Nommer Makanéra, maintenant ? Et tuer la bête en lui ? Si on le calme avec un poste, qui va continuer les aboiements ? On a besoin de lui affamé, agité, exalté.
Mamadi Doumbouya (souriant à demi)
– Djiba a raison. C’est la faim qui fait chanter les hyènes. Makanéra n’a pas besoin d’un bureau, il a besoin d’un micro et d’une rancune bien chauffée. Qu’on lui serve Cellou matin, midi et soir, avec un peu de piment dans les phrases.
Amara Camara (insiste doucement)
– Mais il commence à se plaindre. Il dit qu’il a donné son âme à la transition. Il attend une récompense. Même un poste fictif ferait l’affaire…
Djiba Diakité
– Non. Offrons-lui plutôt une nouvelle tournée médiatique. Qu’il rejoue ses classiques : « Cellou, l’homme cultivé » devenu « Cellou, le plus nul ». Qu’il varie le ton, mais garde le tempo. Le public adore les contradicteurs en roue libre.
Mamadi Doumbouya (tapote la table)
D’accord. Mais qu’on prenne note : s’il continue à aussi bien aboyer, je pourrais créer un ministère rien que pour lui… « Ministère de la Continuité Enragée et de l’Amnésie Verbale ».
Tous éclatent de rire.
Mamadi Doumbouya (se levant, satisfait)
– Makanéra n’est pas un ministre, c’est une arme. On ne nomme pas une arme, on la charge… et on la laisse tirer.
Alpha Issagha Diallo

Écrivain, témoin du réel, Chroniqueur de la lâcheté politique
Ministre plénipotentiaire du sarcasme républicain
Témoin lucide d’une époque de vent et de vide
