Contre La sansure

Série spéciale : Le ministère du vent Épisode 3: Du vent dans les postes, de la voix dans les rues

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Palais M5 – Salon présidentiel n°3, dit “le salon des vérités”.
Le Général Mamadi Doumbouya, Ousmane Gaoual Diallo, Mory Condé
Une présence discrète mais décisive : Lauriane Doumbouya, Première dame

Dans ce salon feutré où les rideaux sont aussi lourds que les ambitions, la tension flotte comme un parfum d’encens mal dosé.

Le Général, en boubou sobre, lunettes noires posées sur la table basse, reçoit ses deux ministres les plus bavards, ou du moins les plus préoccupés par le volume sonore de Makanéra Kaké.

Ousmane Gaoual, visiblement nerveux, parle avec la verve de celui qui sent sa chaise tiédir.

Excellence, on sent une démobilisation… Mais j’ai déjà remobilisé les Réformateurs. On peut réoccuper le terrain, reprendre la parole. Avec un peu plus de soutien…

Mory Condé, fidèle à son style de ministre métronome, ajoute, mesuré :

Makanéra devient omniprésent. Il accapare l’espace médiatique. Et surtout… il remet Cellou Dalein dans la conversation. Ce n’est pas sans risques stratégiques.

Le Général reste silencieux, joue distraitement avec un stylo orné de l’écusson national. Puis il lève les yeux.

Vous parlez de stratégie, mais ce que je vois, c’est qu’il travaille. Il parle, il prend des coups, il répond, il assume. Et vous… vous êtes venus vous plaindre.

Petit malaise. Chacun évite le regard de l’autre.

À cet instant, la porte s’ouvre discrètement. Une silhouette élégante s’avance. Lauriane Doumbouya, la Première dame, salue les trois hommes d’un sourire poli. Elle s’installe en silence. Ce qu’elle ne dit pas vaut parfois plus que mille mots.

Mamadi reprend :

Je vais élargir le gouvernement. C’est en cours. Et je réfléchis à confier à Makanéra un rôle plus structurant… Porte-parole du gouvernement, peut-être. Il a le profil. Il fait bouger les lignes.

Ousmane Gaoual déglutit.

Mory cligne des yeux.

Lauriane, elle, fixe calmement son mari. Puis souffle d’un ton posé :

Il faut quelqu’un qui sache parler au peuple. Pas juste aux journalistes.

Le message est passé. Une balle perdue pour certains, une bénédiction pour un autre.

Le Général acquiesce.

Exactement. Le gouvernement doit respirer. Et non ronfler. Makanéra, lui, insuffle une énergie. Il a ses excès, mais il n’est pas fade. Il assume.

Dernier regard vers ses ministres :

On ne gagne pas un combat en se plaignant de la lumière des autres. Si vous ne voulez pas être éclipsés, brillez. Sinon… éteignez-vous.

La réunion est levée. Lauriane jette un dernier regard, cette fois acéré, vers les deux ministres. Puis, tout en réajustant sa pochette crème, elle lâche :

Quand un ministre passe plus de temps à calculer un autre qu’à convaincre le peuple,
c’est qu’il a déjà quitté le pouvoir. Il ne reste que le fauteuil.

Silence glacial.

Quand les courtisans paniquent, la Première dame écoute, le Général tranche, et Makanéra avance.

Alpha Issagha Diallo


Écrivain, témoin du réel, Chroniqueur de la lâcheté politique
Ministre plénipotentiaire du sarcasme républicain
Témoin lucide d’une époque de vent et de vide.

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