Histoire de Guinée : la vérité vaut mieux que les mythes. »Un récit enjolivé ne fait pas une nation »
Il est devenu courant, dans le discours officiel comme chez ses relais zélés, de nous inviter à “magnifier” notre histoire nationale, comme si toute critique revenait à un blasphème.
On nous explique que d’autres peuples glorifient leur passé malgré ses zones d’ombre : la France avec 1789, les États-Unis avec 1776, le Japon avec Hiroshima… Alors pourquoi la Guinée ne ferait-elle pas de même avec son fameux « non » de 1958 ?
*Le piège des comparaisons faciles*
Le raisonnement paraît séduisant, mais il est profondément biaisé. Les grandes nations n’ont pas grandi en gommant leurs blessures : elles les ont affrontées. La Révolution française n’est pas seulement célébrée : elle est aussi enseignée dans ses excès et sa Terreur. L’indépendance américaine est commémorée, mais l’esclavage et la ségrégation restent au cœur des débats. Le Japon a fait de ses tragédies des monuments de mémoire, non des pages effacées.
La force des peuples réside dans leur capacité à regarder la vérité en face, pas dans l’art de travestir leur histoire.
*L’épopée de 1958 : grandeur et goulag*
Oui, le « non » de 1958 fut un acte d’audace inégalée. Oui, il inspira l’Afrique entière.
Mais à cette fierté s’ajouta une longue nuit : camps de détention, exécutions sommaires, disparitions, exils forcés. Ce ne sont pas de simples “zones d’ombre”, mais une tragédie nationale vécue par des milliers de familles.
Oublier cela au nom de la “grandeur” serait une insulte à la mémoire des victimes.
*Quand l’histoire devient instrument politique*
Aujourd’hui, certains voudraient que la fierté devienne un opium pour anesthésier les consciences.
Ils choisissent dans notre passé ce qui sert leurs intérêts et effacent ce qui dérange. Derrière la rhétorique du “magnifions notre histoire”, c’est en réalité le statu quo qui s’impose : un récit verrouillé au profit des maîtres du moment.
*Lucidité plutôt que mythologie*
Non, magnifier ne doit pas signifier blanchir.
Non, aimer son pays ne signifie pas sanctifier ses erreurs.
Non, transmettre aux enfants un héritage digne ne signifie pas leur cacher la vérité.
Ce qui élève une nation, c’est la lucidité. Ce qui protège son avenir, c’est la justice rendue à ceux qui ont souffert dans la nuit des régimes.
*Une voie pour la Guinée*
Un peuple qui travestit son histoire pour servir ses maîtres du jour ne grandira jamais.
Un peuple qui ose regarder son passé dans toute sa complexité construit un avenir solide.
C’est cette voie que la Guinée doit enfin emprunter, si elle veut sortir du cercle des impostures répétées.
