Le « Non » du peuple contre le « Oui » des opportunistes
Il est des moments dans l’histoire des nations où la clarté se fait par contraste. Là où le peuple réclame la justice et la liberté, certains, happés par l’ivresse des privilèges et la cupidité des intérêts personnels, s’empressent de sacrifier la patrie sur l’autel de leurs ambitions. Nous voilà précisément au cœur de ce dilemme : le Non et le Oui.
Le Non, c’est la voix authentique des masses, la parole des sans-voix, l’écho d’un peuple debout qui refuse d’être dépouillé de sa souveraineté. C’est le refus de l’asservissement, la résistance face à la manipulation, le cri noble de ceux qui préfèrent les privations à l’humiliation, les sacrifices à la compromission. Le Non, c’est l’honneur.
Face à lui se dresse le Oui. Mais ce Oui n’est pas celui du progrès ni de l’unité. C’est le Oui des courtisans, des opportunistes et des égoïstes qui, aveuglés par l’appât des faveurs, préfèrent servir leurs ventres plutôt que leur peuple. C’est le Oui de la compromission, celui de la junte avide de pérenniser son pouvoir par la tromperie et la confiscation des libertés. Ce Oui-là n’est qu’un voile hypocrite jeté sur l’imposture.
Si le fondement de la transition avait été respecté, si le serment avait été honoré — ce serment qui, pour un officier comme pour un soldat, devrait incarner la Parole donnée, la Parole d’honneur —, la Guinée ne se verrait point replongée dans l’abîme de la défiance. Très malheureusement, cette parole sacrée fut galvaudée, trahie, profanée au mépris de la nation. Or, qu’est un soldat sans honneur ? Qu’est une transition sans fidélité à ses propres principes ? Sinon une mascarade vouée à l’effondrement.
Bien que la victoire soit du Non sur le Oui, il est à craindre que les apprentis de la gouvernance et leur cohorte de propagandistes ne s’emploient, la soirée même du scrutin et les jours suivants, à proclamer le contraire des urnes. C’est pourquoi la plupart des patriotes, dans une sage lucidité, choisiront de demeurer chez eux, refusant d’être témoins d’une confiscation annoncée. Comme le rappelait un orateur juriste : « À l’impossible, nul n’est tenu. » Mais malgré ces manœuvres indignes, le Non triomphera dans les consciences, et cette victoire morale se muera, tôt ou tard, en victoire politique.

L’histoire, pourtant, enseigne avec une éloquence implacable que le pouvoir n’est jamais éternel. Les pharaons de l’Égypte antique, les empereurs de Rome, les monarques absolus d’Europe, tous ont cru à l’immuabilité de leur règne. Tous ont fini balayés par la marée inexorable des peuples. « On peut tromper une partie du peuple tout le temps, et tout le peuple une partie du temps, mais jamais tout le peuple tout le temps », avertissait Abraham Lincoln.
La Guinée, dans sa chair, connaît la douleur des usurpations et la récurrence du koudeïsme qui, tel un spectre, hante nos institutions. Aujourd’hui encore, certains voudraient faire croire que l’avenir se confond avec leur éternisation au pouvoir. Mais le peuple voit au-delà des mirages et distingue les masques derrière lesquels se cachent les véritables fossoyeurs de la République.
Le choix est donc limpide :
Le Non, c’est le courage, la dignité et la fidélité à la patrie.
Le Oui, c’est la compromission, l’opportunisme et la pérennisation de la tyrannie.
Que chacun médite sur ces paroles des Écritures : « Que sert-il à un homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? » (Évangile selon Marc, 8:36). Ceux qui se prostituent aux faveurs d’un régime en sursis perdront à la fois l’âme et l’histoire.
Le peuple, lui, choisira le Non. Un Non qui n’est pas simple négation, mais affirmation d’un avenir, d’une dignité et d’un idéal. Car, comme l’enseignait Victor Hugo : « Rien n’arrête une idée dont l’heure est venue. »
Et l’heure du peuple, en Guinée, viendra.
LK
