Contre La sansure

 »La démocratie ? N’est-ce pas magnifique lorsqu’on la laisse pleinement s’exprimer ? »

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Ce week-end, la diaspora guinéenne d’Europe et d’Amérique a offert au monde un beau spectacle et ô combien instructif. Rassemblés autour du débat brûlant du projet de nouvelle Constitution, « pro » et « anti » se sont fait face. Pas derrière des écrans, ni enfermés dans des chambres ou des cours, mais bien en public, face à face, dans les mêmes lieux. 

Et devinez quoi ? Chacun a exprimé son opinion. Haut et fort. Sans heurts, sans incidents. Comme quoi, loin de leur terre natale, nos compatriotes semblent avoir mieux compris et pratiqué ce que devrait être la démocratie : le choc des idées dans le respect de l’autre. Ironie : la liberté guinéenne s’épanouit mieux ailleurs que chez elle. La démocratie ? N’est-ce pas magnifique lorsqu’on la laisse pleinement s’exprimer ?

Pendant ce temps, en Guinée, le décor est tout autre. Le projet de Constitution, censé garantir les libertés fondamentales et incarner les aspirations profondes du peuple, commence déjà par trahir sa propre promesse tout comme ses géniteurs ont renié leur serment et bafoué la Charte. Ici, une seule voix résonne : celle du pouvoir.

Toute voix discordante est réduite au silence : bâillonnée, tabassée, emprisonnée, parfois même « disparue ». Les médias réduits tristement au silence. Voilà donc un texte censé porter la démocratie qui, avant même d’être adopté, trahit déjà son ADN : celui d’une dictature en gestation.

Soyons clairs : une campagne référendaire, dans toute démocratie digne de ce nom, doit être celle du OUI et du NON. Deux choix, deux camps, et la garantie égale pour chacun d’exprimer ses arguments. Mais en Guinée, le NON n’existe qu’en clandestinité.

Un exemple savoureux ou affligeant, selon l’humeur : un ancien Premier ministre, pourtant issu du même système, a osé lancer un simple sondage sur sa page Facebook. Résultat ? On lui a intimé de « décrocher » son post. Ridicule, certes. Mais surtout inquiétant. Car si même un sondage virtuel fait trembler le régime, que deviendra la vraie liberté d’expression ? Le résultat des urnes ?

En fin de compte, la vraie question n’est pas de savoir si cette Constitution nous « rassemble » mais si elle nous « ressemble ». Les Guinéens, chacun dans leur conscience, doivent méditer au-delà des slogans et confronter la réalité. Car une République qui se veut digne n’est pas une République d’illusions. Elle ne se décrète pas, elle se construit. Et pour l’instant, la nôtre ressemble davantage à une République « Simandou » : riche en promesses, mais encore exploitée au profit de quelques-uns.

Ibrahima Diallo
Citoyen de la République

Source: https://www.visionguinee.info/quand-la-democratie-guineenne-sexile/

N.b. le titre est de guinafnews.org

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