La Guinée dans l’éternel piétinement de la démocratie et de l’État de droit
Le 5 septembre 2021, un coup d’État militaire conduit par le CNRD, avec à sa tête le colonel Mamadi Doumbouya, renversait le président Alpha Condé. Ce jour-là, beaucoup de Guinéens ont cru à l’ouverture d’une transition raisonnable. Une transition qui devait aboutir rapidement à la mise en place d’institutions solides et à l’organisation d’élections inclusives, transparentes et crédibles, acceptées par tous les acteurs : partis politiques, société civile, et citoyens.
1 – Quelle était la véritable motivation du coup d’État ?
2 – Quatre ans après, quel est le constat réel ?
À l’époque, Mamadi Doumbouya était perçu comme le sauveur, après 11 années marquées, selon de nombreux Guinéens, par la misère, la gabegie, la restriction des libertés, des arrestations arbitraires et la modification controversée de la Constitution de 2010 qui permit à Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Tout cela avait entraîné des morts, des destructions et de graves violations des droits humains.
Le 5 septembre 2021, lors de sa première apparition publique, Doumbouya avait frappé l’opinion par ses promesses : il affirmait ne pas vouloir s’accrocher au pouvoir, mais seulement « rectifier » les dérives du régime précédent. Il assurait que toutes les couches de la nation seraient associées à la réussite de la transition. Mais la suite a montré un tout autre visage.
Des actes qui trahissent les promesses
Utilisation abusive du patrimoine bâti public pour expulser illégalement des citoyens.
Mise en place d’un CNT en violation de l’article 77 de la Charte de la transition.
Création de la CRIEF, utilisée pour fabriquer des dossiers contre des opposants.
Arrestations arbitraires de leaders sociaux : Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane Camara, Sadou Nimaga…
Mise en place d’une DGE illégitime, écartant toute chance d’avoir un organe électoral indépendant et transparent.
Un pouvoir qui s’installe au lieu de partir
Le constat aujourd’hui est amer : l’homme qui avait suscité tant d’espoir n’a jamais bénéficié d’une véritable légitimité. Ironie du sort, ceux-là mêmes – acteurs politiques et société civile – qui avaient plaidé auprès de la communauté internationale pour donner une chance au CNRD, sont aujourd’hui exilés ou marginalisés.
Le CNRD, qui se présentait comme « guidé par la justice », a progressivement glissé vers la dictature :
Une jeunesse forcée de dire « oui » même quand elle devrait dire « non ».
Des leaders exclus du fichier électoral
Un projet de Constitution flou, qui permet aux joueurs de rester leurs propres arbitres.
Une prolongation du mandat présidentiel de 5 à 7 ans.
Des articles (160, 161, 162 et suivants) sur les responsabilités pénales des hauts commis de l’État, pendant que de simples citoyens sont arbitrairement privés de liberté.
Une seule question demeure
La volonté réelle du CNRD n’est-elle pas simplement de s’éterniser au pouvoir ?
Monsieur Doumbouya doit comprendre une chose : il est le seul comptable devant l’histoire.
