21 septembre 2025 : la grande messe du néant
Le 21 septembre devait être le sacre du CNRD. Le jour où les urnes déborderaient, où le peuple acclamerait la Constitution tombée du ciel comme les dix commandements. Finalement, c’était une kermesse ratée : des bureaux vides, des isoloirs désertés, et des urnes orphelines, surveillées par des militaires plus nombreux que les électeurs.
À Kounsitel, les responsables électoraux bâillaient devant des chaises vides. À N’Zérékoré, on a recensé plus de mangues vendues au marché que de bulletins déposés dans les urnes. À Sanoyah, l’« engouement » matinal s’est éteint comme une bougie dans le vent. À Kakoni, Labé, Siguiri et Kankan, les bureaux ressemblaient à des salles mortuaires : silence, solitude et écho.
Mais que faisaient donc les propagandistes du régime ?
Ousmane Gaoual, reconverti en haut-parleur officiel, avait juré que « le peuple se lèverait comme un seul homme ». Il avait raison : le peuple s’est levé, mais pour rester chez lui ou pour marcher dans la rue.
Cellou Baldé, devenu troubadour du régime, s’était échiné à expliquer que « le référendum allait surprendre par l’affluence ». Il n’a pas eu tort : il a été surpris, mais par l’absence.
Morissanda, fidèle titulaire du « brevet du câlin présidentiel », a cru qu’un câlin à Kankan pouvait transformer l’adhésion en réalité. Résultat : un câlin de plus, mais toujours pas d’électeurs.
Mory Condé, le « ministre stratège », avait tout calculé, sauf l’essentiel : la présence du peuple. Un stratège qui gagne ses batailles dans les communiqués, mais les perd sur le terrain.
Quant aux communicants de service, leur silence fut encore plus éloquent que leurs mensonges habituels. Joachim Baba Millimouno et Lamarana Petty, d’ordinaire si bavards pour encenser, ont suivi à la lettre l’appel de Cellou Dalein Diallo : pas un mot, pas un geste. Le mutisme est parfois une forme de dignité.

Et pendant que ces illusionnistes s’enfermaient dans leur mutisme ou dans leurs mensonges, le peuple écrivait une autre histoire. Partout en Europe, en Amérique et en Afrique, les Forces Vives remplissaient les rues. Des foules innombrables, des slogans puissants, des pancartes levées comme des bulletins vivants. La vraie urne, ce 21 septembre, c’était la rue.
Le contraste est cruel :
En Guinée, des urnes esseulées et des bulletins orphelins.
À l’étranger, des foules vibrantes et déterminées.
Le 21 septembre aura révélé une vérité simple : le CNRD a des soldats, mais pas de citoyens. Des propagandistes, mais pas d’électeurs. Des micros, mais pas de voix.
Le CNRD voulait un plébiscite, il a eu un plébiscite… du vide.
Le CNRD voulait un oui massif, il a eu un boycott massif.
Le CNRD voulait célébrer sa légitimité, il a célébré sa solitude.
Qu’ils se consolent : leur référendum entre dans l’histoire. Non pas comme une victoire, mais comme la première fête nationale du néant électoral.
Et au milieu de ce désert, il ne restait plus que Mamadi Doumbouya, seul dans sa salle vide, entouré d’urnes sans bulletins, câlinant sa Constitution comme un doudou, persuadé qu’elle lui chuchotait : « Tu as gagné, mon général ».
Les bottes peuvent bourrer les urnes, mais elles ne rempliront jamais les rues.
Alpha Issagha Diallo
Militant, témoin du réel
