Dés pipés pour le référendum constitutionnel en Guinée
Cette campagne référendaire à sens unique n’a laissé aucun choix à l’opposition guinéenne. Les principales formations politiques du pays ont été suspendues et écartées de la course par les militaires au pouvoir. Et les figures de l’opposition sont soit poussées à l’exil, soit emprisonnées ou menacées, à l’image de l’ancien journaliste Ibrahima Kalil Diallo, aujourd’hui leader du mouvement politique Agissons pour la Guinée (APG).
Le 12 septembre dernier, il a été convoqué à la Direction de la police judiciaire, pour avoir « dénoncé le processus électoral en cours”, lors d’un point de presse qu’il venait d’animer à Conakry.
Tensions et manque de confiance
Ce climat tendu, doublé d’un manque de confiance entre les différents acteurs politiques, ont poussé le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), en exil depuis plusieurs années, à réagir.
Dans un discours publié sur les réseaux sociaux, cette semaine, Cellou Dalein Diallo a appelé ses militants et le peuple de Guinée à une abstention totale lors du prochain référendum :
« Nous invitons tous les militants de l’UFDG, tous les Guinéens épris de démocratie et de liberté, à rester chez eux, le 21 septembre prochain, et donc à s’abstenir de voter. Car même si vous votez non, votre voix sera comptée oui. Ne vous associez donc pas à ce vol en perspective des suffrages des Guinéens. »
Appels au boycott
Le même appel au boycott a été lancé par la société civile guinéenne, dont des membres influents, comme Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, et Mamadou Billo, sont portés disparus depuis plus d’an.
C’est depuis l’étranger, où il vit en ce moment, que Ibrahima Diallo, membre du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), s’est exprimé :
« Les forces vives de Guinée ont décidé de ne pas s’associer à ce processus en cours. C’est un processus à sens unique. Le référendum n’est pas inclusif. Les plus grands acteurs de la vie sociopolitique ont été exclus volontairement par la junte ».
La campagne référendaire s’est achevée, ce jeudi 18 septembre. Durant des semaines, seuls les partisans du oui, composés de ministres, de hauts cadres de l’État, de l’administration et de membres du Conseil national de la transition, ont été vus sur le terrain, à travers le pays, appelant à un plébiscite de la nouvelle Constitution. Celle-ci pourrait permettre au général Mamadi Doumbouya, le chef des militaires, de se maintenir au pouvoir.
Le pouvoir sûr de lui
Dans la région administrative de N’Zérékoré, située dans le sud-est de la Guinée, à 1.000 km de Conakry, par exemple, le gouverneur, le colonel Aly Badara Camara, a promis de veiller à ce qu’aucune voie contradictoire ne soit comptée à l’issue du scrutin :
« Cela n’aurait dépendu que de moi, il n’y aurait pas eu d’élection ici. Mais la loi l’impose. Vous ne verrez pas un non à N’Zérékoré, je vous le promets. J’ai sillonné la ville à plusieurs reprises. Je n’ai ni entendu 80 %, ni entendu 70 %. C’est toujours 100 %. »
Face à la répression de la contestation, ces dernières années, par les militaires au pouvoir, l’opposition n’a disposé que de peu de moyens pour boycotter le référendum.
C’est donc dans ce contexte peu favorable que les 6,7 millions d’électeurs guinéens sont appelés aux urnes, dimanche prochain, pour se prononcer sur une nouvelle Constitution. La sixième depuis l’accession du pays à son indépendance, en 1958.
Source: https://www.dw.com/fr/des-pipes-referendum-constitutionnel-guinee/a-74054456
