Contre La sansure

Guinée, quel espoir quand le chevalier est félon contre son roi ? (Olladi Ibrahim,journaliste)

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En Guinée, la scène politique rassemble les mêmes espèces et ressemble souvent à une pièce de théâtre où les acteurs changent de costume mais rarement de rôle.

L’histoire récente du pays en offre une illustration : ceux qui juraient fidélité au roi d’hier deviennent du jour au lendemain, les chevaliers félons, prêt à le trahir pour s’emparer du trône. Ce scénario, aussi ancien que la République elle-même, se répète avec une régularité qui finit par lasser un peuple déjà éprouvé par les promesses trahies et les espoirs brisés.

Mais qui sont-ils et quelle leçon pour la nouvelle génération ?

Le chevalier félon, c’est ce politicien qui, hier encore, se présentait comme un allié indéfectible, un serviteur loyal de la cause commune. Mais derrière le masque des discours patriotiques se cache souvent une autre ambition, l’intérêt personnel.
Au premier signe de faiblesse du roi, le chevalier sort son épée, non pour défendre le royaume, mais pour s’ouvrir un passage (le décret, un véhicule sortie d’usine ou même la place du  chef).

J’insiste, cette trahison n’est pas le fruit du hasard. Elle est nourrie par une culture politique où le pouvoir n’est pas un service mais un butin. Les alliances se tissent et se défont au gré des calculs personnels et non pour la patrie, les idéaux cèdent toujours le pas à l’appétit du pouvoir. Hier encore, on saluait le roi comme un « sauveur », aujourd’hui on le voue aux gémonies, en attendant que le prochain règne permette un nouveau serment d’allégeance.

Le peuple, lui, observe ce ballet de trahisons avec un mélange de résignation et de colère, tout se dit au café entre amis mais c’est autre chose sur le terrain. En vrai, ce sont toujours les mêmes qui souffrent : les citoyens, condamnés à supporter les conséquences de ces querelles politiques ceux qui comprennent et résistent sont kidnappé et les plus chanceux sont condamnés. Mais tant que la Guinée restera prisonnière de ces jeux de trônes, aucun roi, aussi éclairé soit-il, ne pourra bâtir une nation stable et prospère.

Le véritable défi, aujourd’hui, n’est pas de savoir quel chevalier finira par s’emparer de la couronne. Il est bon de rappeler quand le peuple décidera de rompre avec ce cycle infernal, en exigeant des institutions fortes, une alternance saine et des dirigeants qui voient au-delà de leur ambition personnelle. Car, sans ce sursaut, notre patrie restera éternellement le théâtre d’un drame où le chevalier félon trouvera toujours un roi à trahir.

Olladi Ibrahima, journaliste.

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