Ibrahim Traoré, trois ans à la tête du Burkina Faso
Lorsque le capitaine Ibrahim Traoré a renversé son prédécesseur, un autre militaire, Paul-Henri Damiba, le Burkina Faso vivait une situation sécuritaire dramatique : plus de la moitié du territoire échappait au contrôle de l’État et il y avait des millions de déplacés internes.
Insécurité grandissante
Trois ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée. Elle a même empiré, selon François Kabré, un acteur de la société civile burkinabè en exil.
« L’insécurité s’accroit chaque jour, les groupes djihadistes étendent leur emprise, tandis que nos forces gouvernementales, c’est-à-dire les forces de défense et de sécurité, semblent perdre le contrôle du territoire. Pour preuve : si nous prenons de janvier à mai 2025, le Jnim (le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, ndlr) a revendiqué plus de 240 attaques individuelles, soit deux fois plus qu’au cours de la même période en 2024. »
Droits de l’homme menacés
Un constat amer, partagé par plusieurs citoyens burkinabè de la diaspora, ainsi que par d’autres organisations de défense des droits de l’Homme qui dénoncent les atteintes à la liberté, avec des enlèvements d’opposants, des cas de tortures et même des assassinats. François Kabré.
« Sur le plan des droits et des libertés, il faut noter que les enlèvements, les tortures et le refus des droits fondamentaux sont devenus monnaie courante. Mon petit frère Edouard Kabré Edouard, en troisième année de licence, a été enlevé par des éléments de la police le 1er janvier 2025 et nous sommes sans nouvelles de lui, jusqu’à ce jour. La liberté de la presse est pratiquement inexistante, ce qui empêche des voix essentielles de se faire entendre. »
Accusations rejetées
Des accusations que rejette le gouvernement de transition, lequel justifie cette répression par la nécessité de préserver l’unité nationale en temps de guerre.
L’analyste politique Boubé Salifou estime, pour sa part, que les autorités militaires du Burkina Faso commencent à enregistrer des succès.
« Il y a très peu d’attaques, en tout cas virulentes, comme on l’enregistrait il y a des mois ou des années auparavant. Il y a de plus en plus une sorte de prise de contrôle du territoire par les autorités burkinabè. On ne peut toutefois pas dire, naturellement, que tout est bien géré du point de vue militaire et qu’il y a une accalmie à 100 %. »
Le bilan d’Ibrahim Traoré reste donc assez sombre, surtout pour ce qui concerne les atteintes aux droits humains. Quant à la situation sécuritaire, elle s’aggrave, au détriment des populations civiles. L’organisation humanitaire Human Rights Watch affirme ainsi que deux groupes djihadistes, le Jnim et l‘État islamique au Sahel, ont tué « plusieurs dizaines de civils” au cours de trois attaques distinctes dans le nord du Burkina Faso, depuis mai dernier. HRW ajoute que le gouvernement « cible de plus en plus les civils lors de ses opérations de contre-insurrection.”
Par La rédaction francophone de la DW DW Afrique

In. https://www.dw.com/fr/ibrahim-traore-trois-ans-a-la-tete-du-burkina-faso/a-74182801
