Contre La sansure

LE CANCER GUINÉEN DEPUIS 1958 : L’OPPORTUNISME DES ÉLITES COMME MAL CHRONIQUE

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Depuis l’aube de l’indépendance, la Guinée traîne un mal profond, un véritable cancer qui ronge silencieusement ses fondements : l’opportunisme de ses intellectuels et de ses élites. Plutôt que d’incarner la conscience critique et patriotique du pays, nombre d’entre eux se sont mués en profiteurs, guidés par l’égoïsme, le carriérisme et l’intérêt personnel.

Ce mal collectif plus moral que politique, explique en grande partie pourquoi, depuis 1958, les promesses de développement se répètent sans jamais se réaliser.

Quand l’État confond prestige et progrès

Dernier exemple en date : la scène surréaliste et propagandiste d’un gouvernement se déplaçant en grande pompe à Kamsar pour dit-on « célébrer » l’embarquement de 200 000 tonnes de bauxite, qui n’est autre que le reste d’une exportation abandonnée par Guinea Alumina Corporation (GAC) après la résiliation fantaisiste de sa concession.

Sous prétexte de « vendre ces 200 000 tonnes pour financer la relance de l’exploitation minière », les dirigeants de la junte militaire se livrent à un spectacle plus symbolique que stratégique.
Mais à qui veut-on faire croire qu’une telle opération de fortune peut relancer un secteur aussi exigeant que celui de la bauxite ?

Une ignorance économique à couper le souffle

L’exploitation de la bauxite n’est pas une simple affaire de camions et de discours politiques dans la grandiloquence.

Pour extraire et exporter 15 millions de tonnes de bauxite par an, il faut au minimum un milliard de dollars d’investissements annuels, sans compter le matériel lourd dont le coût global s’élève, lui aussi, à près d’un milliard de dollars.

Alors, où le gouvernement du CNRD compte-t-il trouver ces ressources, en l’absence de GAC et sans plan industriel crédible ?

Nimba Mining : un mirage de plus

On annonce avec enthousiasme l’arrivée de Nimba Mining pour remplacer GAC. Mais cette annonce, plutôt qu’un signe d’espoir, révèle l’ampleur de la naïveté et l’ignorance des proches de Mamadi Doumbouya.

Le fait qu’un PDG soit français ne garantit ni expertise, ni puissance financière. Il faut se souvenir que Péchiney, fleuron de l’industrie minière française, gérait FRIA depuis 1960 sans jamais réussir à mobiliser les capitaux nécessaires pour rejoindre la CBG en 1973.

Résultat : Péchiney a disparu, rachetée par Alcan-Canada, avant d’être absorbée par d’autres multinationales.

Aujourd’hui, l’industrie minière française est largement contrôlée par ArcelorMittal, groupe anglo-indien. Autant dire que le “patron français” de Nimba Mining est une façade vide de sens une nouvelle plaisanterie nationale.

L’Aluminerie de Fria est contrôlée depuis plusieurs années par Russal.

 

Un État sans stratégie, un peuple sans repères

La Guinée, encore une fois, se retrouve à improviser là où d’autres planifient. Pire, si GAC est reconnue en justice contre la Guinée, tout son matériel lourd sera saisi.

Comment, dès lors, l’État compte-t-il relancer l’exploitation sans équipement ni capitaux ? La réponse est simple : il ne le peut pas. Ce spectacle n’est pas seulement une erreur politique, c’est une absurdité économique et une humiliation nationale.

Sortir de l’ignorance, ou périr

Le vrai combat n’est pas contre GAC, ni contre Nimba Mining, mais contre nous-mêmes. Contre cette ignorance entretenue, cette autosatisfaction grotesque et cette incapacité chronique à penser le long terme. Tant que les intellectuels et universitaires guinéens préféreront l’opportunisme au patriotisme, la Guinée restera ce qu’elle est depuis 1958 : un pays riche en ressources, mais pauvre en conscience.

Anonymous 1er, l’autre citoyen indigné qui vient de se réveiller.

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