Quelles sont les raisons qui ont poussé le Général Mamadi Doumbouya à présenter sa candidature ?
Le 3 novembre 2025, la Guinée a franchi un nouveau cap dans son histoire politique. Après quatre années de transition, le Général Mamadi Doumbouya, chef de l’État et président du CNRD, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Ce geste n’est pas seulement politique, il redéfinit le sens même de la transition qu’il incarnait depuis septembre 2021.
Une annonce qui ne surprend personne, mais qui change tout
L’annonce ne surprend pas totalement. Depuis plusieurs mois, les indices s’accumulaient : des discours plus politiques, des rapprochements avec des acteurs économiques, l’insistance sur la « souveraineté nationale ».
Pour beaucoup de Guinéens, cette candidature reflète une réalité bien connue : accéder au pouvoir par la force rend rarement facile l’idée de s’en séparer. Ce qui rend la situation unique, c’est que Doumbouya s’était engagé, devant le peuple et la communauté internationale, à ne pas briguer la présidence.
Aujourd’hui, cette promesse, longtemps considérée comme un pilier moral de la transition, cède face à ce qu’il décrit comme un « devoir envers la nation ».
Le poids de la stabilité dans une société en quête de repères
Il serait simpliste de parler d’un simple revirement. Plusieurs facteurs expliquent cette décision :
Le besoin de stabilité : après des années de crises politiques, beaucoup voient en Doumbouya un symbole d’ordre et de fermeté. Dans un pays marqué par l’instabilité, cette image rassure.
Un vide politique : l’opposition, fragilisée par des divisions internes, l’exil ou la répression, peine à émerger avec un projet crédible. Doumbouya apparaît alors comme la seule figure capable de maintenir la continuité sans risque de chaos.
Un calcul stratégique : des projets ambitieux lancés sous son mandat, Simandou 2040, réforme sécuritaire, modernisation des infrastructures, nécessitent, selon ses partisans, une continuité politique. Le Général semble convaincu qu’il est le mieux placé pour les mener à terme.
Une opposition affaiblie, un pouvoir renforcé
La décision de Doumbouya soulève une question universelle sur le continent :
Comment concilier stabilité et démocratie ?
De nombreux dirigeants africains prolongent leur mandat au nom de la stabilité nationale. Mais l’histoire montre que la stabilité réelle naît de la confiance, et que cette confiance se construit par la transparence et le respect des engagements.
En Guinée, le risque est double : une partie de la population pourrait considérer cette candidature comme un moindre mal, tandis qu’une opposition frustrée pourrait y voir une confiscation du processus démocratique, ravivant tensions et fractures sociales.
Le vrai test : la transparence des urnes
Se porter candidat est un pari politique majeur pour Doumbouya. S’il parvient à organiser des élections crédibles et inclusives, il pourrait consolider sa légitimité et redonner confiance au pays. Mais si le scrutin est perçu comme verrouillé, l’élection risquerait d’apparaître comme une simple prolongation du pouvoir militaire.
La question centrale n’est donc plus sa candidature, mais la nature même de la transition à venir :
- Les institutions permettront-elles une véritable pluralité ?
- Les acteurs politiques pourront-ils s’exprimer librement ?
- Et surtout, le peuple pourra-t-il choisir sans contrainte ni crainte ?
Doumbouya face à l’histoire
La candidature du Général Doumbouya est à la fois un geste politique et un test moral pour la transition guinéenne. Elle invite tous les acteurs, partisans, opposants, observateurs, à réfléchir sur la nature du pouvoir, le respect des promesses faites au peuple et la place de la démocratie dans un État encore en construction.
Ce moment pourrait être perçu non comme une trahison, mais comme une épreuve, c’est-à-dire celle d’un homme appelé à démontrer que la quête de stabilité n’est pas incompatible avec la liberté des urnes. Car, en fin de compte, la légitimité ne s’impose pas : elle se gagne, jour après jour, dans la confiance des citoyens.
Par Abdourahamane CONDÉ

