L’EXCUSE DU BUNKER : MANUEL DE SURVIE D’UN CANDIDAT INVISIBLE
Mamadi Doumbouya, candidat par décret — Bah Oury, candidat par procuration
Il y a des déclarations qui relèvent de l’erreur. D’autres de l’embarras. Et puis il y a celles qui signent une déchéance politique publique, assumée, documentée, presque pédagogique. La sortie de Bah Oury à Labé appartient à cette dernière catégorie.
Nous voilà donc informés que Mamadi Doumbouya ne sillonne pas le pays parce qu’il est “en situation de responsabilité”. Argument présenté avec gravité, comme s’il s’agissait d’un sacrifice républicain. Une retenue morale. Une forme de noblesse institutionnelle.
Il fallait l’entendre pour le croire. Il fallait surtout oublier toute l’histoire politique récente pour l’accepter.
Car enfin, ce même Bah Oury fut, hier encore, l’un des compagnons les plus assidus des campagnes de Cellou Dalein Diallo. À cette époque, nul ne parlait de “déséquilibre”. Nul ne craignait l’“iniquité”. On ne se cachait pas derrière la responsabilité d’État pour justifier l’éloignement du peuple. On marchait. On roulait. On pataugeait. On arrivait dans les villages oubliés, les hameaux enclavés, les pistes impraticables, là où la République n’existait que par la parole de l’opposition.
Cellou Dalein Diallo était pourtant ancien Premier ministre. Homme d’État reconnu. Figure nationale. Mais cela ne l’empêchait pas d’aller au peuple, parce que le peuple était la seule légitimité recherchée.
Aujourd’hui, le discours a changé. Le pays n’a pas grandi. Les routes ne se sont pas multipliées. Mais le pouvoir, lui, a pris peur.
On nous parle d’équité électorale alors que tous les leviers de l’État sont déjà capturés. On invoque la morale du jeu pendant que l’administration, les moyens logistiques, la communication publique et l’autorité hiérarchique travaillent pour un seul camp. On feint la retenue quand la transition elle-même a été transformée en campagne permanente.
Mamadi Doumbouya ne fait pas campagne. Il est campagne par décret.
Pendant que la rue s’anime, le palais signe. Pendant que les candidats s’exposent, lui se bunkerise, gouvernant à huis clos, protégé, distant, absent du peuple mais saturé de pouvoir.

Et Bah Oury, ancien marcheur infatigable, ancien tribun de terrain, s’est mué en porte-voix de l’absence, justifiant l’injustifiable, théorisant la peur du contact, habillant le vide d’arguments institutionnels. Il n’est plus le compagnon de route. Il est le commentateur officiel du silence.
Cette déclaration n’est pas une maladresse. C’est un aveu.
L’aveu qu’un pouvoir qui prétend incarner la nation n’ose plus lui faire face. L’aveu qu’un candidat qui se dit fort ne cherche plus la légitimité populaire, mais la sécurité des murs.
L’aveu, enfin, qu’on peut confisquer l’État, monopoliser les moyens, verrouiller le jeu, et appeler cela “équité”.
La vérité est plus simple, plus brutale : quand un candidat se cache, ce n’est pas la responsabilité qui parle c’est LA PEUR.
Alpha Issagha Diallo
Chroniqueur d’un pouvoir qui parle à la place de son candidat
Citoyen sans bunker, plume sans escorte
