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Campagne présidentielle en Guinée : de l’abandon des territoires à l’exigence d’un développement digne et équitable

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La Guinée traverse un moment décisif de son histoire politique. La campagne présidentielle en cours ne constitue pas seulement une compétition électorale ; elle représente un rendez-vous crucial entre la nation et son avenir. Dans un contexte marqué par des attentes sociales immenses, une crise persistante des services publics et une profonde lassitude populaire, le débat politique ne peut plus se satisfaire de promesses abstraites ni de slogans déconnectés de la réalité vécue par les citoyens.

À l’occasion de cette campagne, les déplacements à travers les territoires, les collectivités, les villes et les régions du pays mettent en lumière une vérité que nul ne peut désormais ignorer : le fossé entre le discours officiel et la réalité quotidienne des Guinéens est alarmant. De nombreuses localités vivent dans des conditions indignes, révélatrices d’un sous-développement structurel et d’un abandon prolongé de l’État. Cette situation interpelle la responsabilité politique et impose une réflexion profonde sur le modèle de gouvernance, de développement et de justice sociale à offrir au peuple guinéen.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente analyse, qui se propose, d’une part, de décrire et de démontrer les manifestations concrètes du sous-développement en Guinée, et, d’autre part, de présenter une alternative crédible et ambitieuse, à la hauteur des aspirations légitimes du peuple. Car au-delà de l’échéance électorale, il s’agit d’un choix fondamental : continuer dans l’immobilisme ou engager résolument la Guinée sur la voie du développement réel, équitable et durable.

I. La réalité du sous-développement : un abandon politique et économique des territoires

La Guinée traverse une crise profonde du développement, visible à l’œil nu dans ses villes, ses collectivités et ses zones rurales. De Kankan à Beyla, de la Haute-Guinée à la Guinée forestière, le constat est implacable : l’État a déserté les territoires. Le sous-développement n’est plus une abstraction statistique, il est une réalité quotidienne faite d’insalubrité à Macenta, de précarité à Guékedou et d’absence de services publics essentiels à Lola.

Les villes guinéennes, loin d’être des centres organisés de croissance, sont devenues des espaces de désordre permanent. L’urbanisation s’est faite sans planification, sans voirie, sans politique de gestion des déchets. Les rues sont envahies par les ordures, les caniveaux bouchés transforment la moindre pluie en catastrophe sanitaire, et l’air devient irrespirable. Cette situation traduit une faillite de la gouvernance municipale, elle-même conséquence d’un pouvoir central qui n’a jamais accordé aux collectivités les moyens, les compétences et l’autonomie nécessaires à leur mission.

L’accès à l’eau potable demeure dramatiquement insuffisant. Des populations entières consomment une eau impropre, issue de puits insalubres ou de cours d’eau contaminés. L’électricité, quant à elle, est instable, coûteuse et inégalement répartie, freinant toute activité économique durable. Les écoles, censées former le capital humain de demain, sont délabrées, surchargées, parfois sans tables ni enseignants qualifiés. Les marchés, pourtant piliers de l’économie populaire et de la subsistance quotidienne, sont anarchiques, dangereux et indignes, exposant commerçants et consommateurs aux risques sanitaires.

Sur le plan économique, les conséquences sont lourdes. Le sous-développement des infrastructures empêche la création de valeur à Sinko, décourage l’investissement privé à Mandiana et enferme les populations dans une économie de survie. L’absence de services publics efficaces entraîne une hausse des dépenses individuelles de santé, d’énergie et d’éducation, aggravant la pauvreté. Les maladies hydriques et environnementales prolifèrent, affaiblissant la force de travail et alourdissant la charge des familles. Ainsi, le sous-développement guinéen n’est pas seulement matériel ; il est structurel, institutionnel et humain.

II. L’alternative nécessaire : refonder l’État territorial pour un développement réel et inclusif

Face à cette situation, l’alternative ne peut être cosmétique. Elle doit être politique, structurelle et ambitieuse. Le développement de la Guinée passe impérativement par une refondation de l’action publique à partir des territoires. Il ne s’agit plus de gouverner depuis le sommet, mais de reconstruire l’État depuis la base.

La première priorité est l’investissement massif et planifié dans les services publics essentiels. L’accès universel à l’eau potable et à l’électricité doit devenir un impératif national, condition préalable à la santé publique, à l’éducation et à l’activité économique. Ces secteurs doivent être traités non comme des projets ponctuels, mais comme des politiques publiques continues, évaluées et contrôlées.

La deuxième priorité est la réhabilitation des villes et des collectivités. Cela suppose une véritable décentralisation, avec des collectivités dotées de ressources financières suffisantes, de compétences claires et de mécanismes de reddition des comptes. La gestion des déchets, l’assainissement, l’aménagement urbain et la sécurité sanitaire doivent être confiés à des autorités locales responsables et contrôlées, au service direct des populations.

La troisième priorité réside dans l’éducation et l’économie locale. Réhabiliter les écoles, former et valoriser les enseignants, adapter l’enseignement aux réalités économiques locales permettra de créer un capital humain productif. Parallèlement, l’organisation des marchés, le soutien aux petits producteurs, aux commerçants et aux artisans redonneront vie à l’économie territoriale et créeront des emplois durables.

En tout état de cause, cette alternative exige une rupture morale et institutionnelle. La lutte contre la corruption, la transparence dans la gestion des ressources publiques et l’évaluation permanente de l’action gouvernementale doivent devenir des principes non négociables. Le développement n’est pas un privilège accordé par les dirigeants ; c’est un droit fondamental du peuple.

En portant cette vision, la campagne de Yero Baldé affirme une conviction simple mais essentielle : le Guinéen mérite mieux. Il mérite un État qui protège, qui organise et qui développe. La Guinée ne manque ni de ressources ni de talents ; elle manque seulement d’une gouvernance à la hauteur de son peuple.

Épilogue

La campagne présidentielle en cours en Guinée met à nu une réalité que des années de gouvernance approximative n’ont pas su corriger : le sous-développement n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques déficients. L’état des villes, l’abandon des collectivités, l’effondrement des services publics essentiels et la précarité économique persistante traduisent une rupture profonde entre l’État et le peuple. Cette situation n’est ni acceptable ni soutenable pour une nation riche de ressources, de talents et d’histoire.

Face à ce constat, l’alternative s’impose avec force. La Guinée ne peut plus se contenter de gérer la misère ; elle doit organiser le développement. Cela exige une gouvernance responsable, une action publique orientée vers les territoires, un investissement prioritaire dans l’eau, l’électricité, l’éducation, la santé et l’économie locale, ainsi qu’un État exemplaire dans la gestion des ressources publiques. Le développement véritable commence là où la dignité humaine est restaurée.

Ainsi, l’enjeu de cette élection dépasse les personnes et les ambitions individuelles. Il s’agit de redonner espoir au peuple guinéen, de réconcilier l’État avec ses citoyens et de poser les fondations d’une nation juste, organisée et prospère. Le Guinéen mérite mieux, et le moment est venu de faire de cette exigence une réalité politique.

Abdoulaye Bademba Diallo
Juriste,                                                                                                                                      Coordinateur adjoint des affaires juridiques, administratives et électorales du FRONDEG.

Source: https://www.lerevelateur224.com/

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