Liberté de la presse: au Sénégal la Cour suprême défend la presse, en Guinée, elle réprime
Dans un arrêt retentissant rendu le 11 décembre 2025, la première chambre administrative de la Cour suprême du Sénégal a annulé deux arrêtés controversés du ministre de la Communication. Ces textes instituaient une plateforme numérique d’identification des entreprises de presse et une commission chargée de valider leurs enregistrements. Une mesure perçue par de nombreux acteurs comme une tentative de contrôle renforcé des médias.
La haute juridiction a jugé que ces arrêtés outrepassaient les pouvoirs du ministre, imposant des obligations non prévues par le Code de la Presse. Elle a rappelé que la liberté de la presse est une liberté fondamentale garantie par la Constitution, et que la création d’un organe de presse ne peut être soumise à une autorisation préalable. Une décision saluée comme une victoire nette pour l’État de droit et les contre-pouvoirs démocratiques.
Ce jugement intervient dans un climat politique tendu, marqué par des frictions entre les autorités, notamment le Premier ministre Ousmane Sonko, et plusieurs groupes médiatiques. Malgré ce contexte, la Cour suprême a assumé son rôle de gardienne des libertés, affirmant l’indépendance de la justice face aux pressions politiques.
En Guinée, silence judiciaire et dérive autoritaire
À l’opposé, en Guinée, la situation des médias reste préoccupante. Depuis plus d’un an, la Cour suprême n’a toujours pas statué sur le recours déposé contre le retrait des licences de plusieurs organes de presse. Ce silence prolongé alimente les inquiétudes sur l’état de la justice et la protection des libertés fondamentales dans le pays.
Plus alarmant encore, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, censée garantir la liberté de la presse, multiplie les déclarations hostiles aux médias. Il évoque ouvertement la repénalisation des délits de presse et remet en cause le rôle démocratique de la presse comme « quatrième pouvoir ». Une posture qui tranche radicalement avec les principes de régulation équilibrée et de protection des journalistes.
Deux modèles, deux visions
L’actualité récente révèle deux visages de la justice en Afrique francophone : celui d’un Sénégal où les institutions judiciaires peuvent encore faire rempart contre les dérives autoritaires, et celui d’une Guinée où les contre-pouvoirs semblent s’effacer devant une volonté politique de museler la presse.
Alors que les médias jouent un rôle crucial dans l’information des citoyens et la vitalité démocratique, ces contrastes soulignent l’urgence de renforcer les garanties institutionnelles et de rappeler que la liberté de la presse n’est pas une faveur, mais un droit fondamental.



