IL FAUT ÊTRE MAMADI DOUMBOUYA POUR NE RIEN APPRENDRE DE LA TRISTE FIN DES DICTATEURS
L’histoire politique du monde, et plus encore celle de l’Afrique, regorge de dirigeants qui, grisés par le pouvoir et la richesse, ont cru pouvoir régner éternellement sur des peuples réduits au silence par la peur, la négation des libertés, la répression et la corruption. Tous nourrissaient la même illusion : celle de l’impunité absolue. Tous ont connu une fin indigne de la démesure de leur règne.
Arrivés au pouvoir au nom de l’ordre, de la stabilité, du changement ou de la souveraineté, ces hommes ont fini par transformer leurs pays en prisons à ciel ouvert. Aucun n’y a échappé. Tous, sans exception, ont connu une chute brutale, humiliante ou un effacement total, laissant derrière eux des nations meurtries et des familles condamnées à l’anonymat.
Francisco Macías Nguema, premier président de la Guinée équatoriale, a plongé son pays dans une terreur absolue avant d’être renversé, jugé et exécuté. Son règne demeure l’un des plus sanglants de l’histoire africaine, et son nom n’évoque aujourd’hui que la folie et le chaos.
Au Mali, Moussa Traoré, après plus de deux décennies de dictature, a été renversé par une insurrection populaire, jugé et publiquement humilié. Il est mort sans honneur, tandis que sa famille disparaissait de la scène publique.
Au Cameroun, Ahmadou Ahidjo, prédécesseur de Paul Biya, a gouverné d’une main de fer avant de finir en exil, déchu, accusé de complot, coupé de son pays et de son peuple.
Au Nigeria, Sani Abacha, symbole d’une kleptocratie brutale, est mort soudainement, laissant derrière lui un régime honni et une famille connue non pour sa grandeur, mais pour les scandales de détournements massifs et la restitution de milliards volés.
Jean-Bedel Bokassa, empereur grotesque et sanguinaire, est mort ruiné. Mobutu Sese Seko, autrefois tout-puissant du Zaïre, a fini seul, malade et rejeté. Idi Amin Dada s’est éteint en exil, effacé de l’histoire de l’Ouganda. Samuel Doe a été lynché au Liberia. Mouammar Kadhafi traqué et exécuté en Libye. Saddam Hussein pendu en Irak. Nicolae Ceaușescu fusillé avec son épouse en Roumanie. Tous avaient cru que la force pouvait remplacer la légitimité.
En Syrie, Bachar Al-Assad, incarnation de cette illusion tragique du pouvoir éternel bâti sur les ruines, le sang et l’exil de millions de citoyens, a fini par fuir son pays pour se réfugier en Russie. L’histoire a déjà rendu son verdict moral : aucun dirigeant ne survit politiquement au massacre de son propre peuple.
Pourtant, tous avaient promis l’ordre. Tous ont livré le chaos. Tous parlaient au nom du peuple tout en le méprisant. Tous ont confondu l’État avec leur personne, la nation avec leur clan, le pouvoir avec leur famille, la force avec la légitimité.
Le point commun entre tous ces hommes n’est pas seulement la violence de leur règne, mais l’effacement qui suit. Leurs enfants ne dirigent rien. Leurs familles, lorsqu’elles n’ont pas été détruites, vivent loin des palais, sans prestige, souvent dans la honte ou le silence. Les slogans, les statues et les louanges disparaissent. Il ne reste que la mémoire des victimes.
Les dictateurs oublient toujours une chose essentielle : le pouvoir n’est jamais une propriété privée. Il est un mandat fragile, révocable, conditionné par le respect du peuple. Lorsqu’il est confisqué par la peur, la répression et la corruption, il devient une dette que l’histoire finit toujours par recouvrer.
Refuser de tirer les leçons de ces trajectoires funestes relève d’un aveuglement politique et moral. C’est de l’ignorance, de l’arrogance, du mépris assumé pour la mémoire collective. C’est croire que l’on peut écraser son peuple, instrumentaliser la justice, museler la presse et piétiner les droits humains sans conséquence. C’est oublier que le pouvoir n’est jamais éternel, mais que la mémoire des peuples, elle, l’est.
Gouverner contre son peuple, c’est gouverner contre le temps. Et le temps, lui, ne perd jamais. Les peuples finissent toujours par se libérer, et les tyrans finissent toujours seuls.
En Guinée, que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage familiale de Sékou Touré et du général Lansana Conté ? La question mérite réflexion.
L’histoire observe. Elle enregistre. Et elle sanctionne, depuis toujours.
Anonymous Ier l’autre citoyen indigné qui vient de se réveiller dans la presqu’île de Kaloum.
