Contre La sansure

ÉLOGE DE LA PROSTERNATION POLITIQUE: « Respirer n’est pas exister »

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Ils étaient portés disparus, pas comme Mabory. Noyés politiquement. Dissous dans leur propre insignifiance. Et puis soudain, comme un corps rejeté par la mer après une longue dérive, les Réformateurs refont surface avec une tribune interminable, lourde, boursouflée, écrite non pour convaincre mais pour rappeler au pouvoir qu’ils respirent encore. Respirer n’est pas exister. Parler n’est pas peser. Ramper, non plus, n’est pas militer.

La prose signée par Lamarana “Lénine” Petty Diallo n’est ni un appel ni une vision. C’est une lettre de motivation collective, une supplique mal déguisée, un acte de mendicité politique enrobé de patriotisme de circonstance. Le texte dégouline de phrases longues comme des transitions ratées, de paragraphes qui s’empilent sans pensée, de répétitions maladives où le “nous avons” remplace toute idée. Toujours le passé. Jamais une proposition. Jamais une colonne vertébrale. Les Réformateurs ne pensent plus, ils comptabilisent. Ils dressent l’inventaire de leurs sacrifices comme on brandit des reçus en espérant un remboursement.

Tout y est : nous avons quitté un grand parti, donc nous méritons ; nous avons été agressés, donc nous méritons ; nous avons fait campagne partout, donc nous méritons. Méritons quoi exactement ? Un poste, un strapontin, un badge, une reconnaissance tardive, un reste de pouvoir ? Car il faut être clair : cette tribune n’a qu’un seul objectif, signaler une disponibilité totale, une soumission sans condition, une absence absolue d’autonomie politique. “Sans hésitation ni intermédiaire”, écrivent-ils. Traduction honnête : sans dignité ni indépendance.

Ils se disaient courant d’idées. Ils sont devenus courant d’air. Ils se rêvaient force de réforme. Ils ne sont plus que force d’écho, tonneaux vides chargés de répéter ce que le pouvoir veut entendre. Pas une ligne de recul, pas une exigence, pas une réserve. Rien qu’un zèle obscène, des révérences déguisées en engagement, des saluts militaires travestis en patriotisme. À ce niveau, ce n’est plus de la loyauté, c’est de la prosternation.

Cette tribune transpire la peur. La peur d’être oubliés. La peur de ne pas être invités à la table. La peur de finir exactement là où ils étaient déjà : nulle part.

Alors ils crient plus fort que tout le monde, jurent fidélité avant même qu’on la leur demande, et parlent déjà de négocier les conditions de collaboration avant même la fin du scrutin. Le pouvoir n’a pas encore gagné qu’eux ont déjà encaissé leur défaite morale.

Les Réformateurs sont mal formés politiquement, déformés par l’appétit, transformés en porte-voix sans cerveau, en tambours creux, en figurants de leur propre effacement. Ils ne défendent plus une ligne, ils défendent une place. Ils ne portent plus une réforme, ils portent une gamelle.

Cette tribune ne marque pas un retour. Elle signe une capitulation. Les Réformateurs ne remontent pas à la surface, ils flottent, gonflés d’air chaud, promis à l’éclatement. En politique, on peut survivre à une défaite. On ne survit jamais à la soumission volontaire.

Ils ont choisi de respirer à genoux. Qu’ils ne s’étonnent pas de mourir debout dans l’indifférence.

Alpha Issagha Diallo

Allergique à la prosternation.

Vacciné contre les tonneaux vides.

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