Cellou Dalein Diallo, le choix qu’on a refusé au peuple (Par Elhadj Aziz Bah)
En excluant Cellou Dalein Diallo de l’élection présidentielle du 28 décembre, le pouvoir a fait bien plus qu’écarter un candidat : il a confisqué au peuple guinéen le droit de choisir l’expérience, la compétence et la maturité politique.
En validant un scrutin sans son principal contradicteur, la Cour suprême a entériné une compétition déséquilibrée et scellé une occasion historique manquée. Ce refus d’affronter la légitimité par les urnes n’est pas sans conséquences : c’est toute une génération qui paiera le prix de cette peur du choix.
Un scrutin sans le plus préparé
La décision est tombée, froide, lourde de sens et de conséquences. Cellou Dalein Diallo a été injustement exclu de l’élection présidentielle du 28 décembre, tandis que la Cour suprême a validé les candidatures de neuf prétendants, dont celle du président de la transition. Ainsi, au nom d’une légalité contestée et d’un processus verrouillé, la Guinée s’est privée, une fois encore, de l’homme le mieux préparé pour la diriger. Ce n’est pas simplement une exclusion administrative. C’est un acte politique majeur. Une faute historique.
Un pays qui écarte l’expérience pour sanctifier l’improvisation
Dans toutes les nations sérieuses, l’expérience est un capital. En Guinée, elle semble être devenue un handicap. Car que reproche-t-on réellement à Cellou Dalein Diallo, sinon d’avoir trop appris, trop servi, trop résisté, trop incarné l’alternative ?
Ancien haut cadre de la Banque Centrale, ancien ministre, ancien Premier ministre, leader politique constant depuis plus de vingt ans, Cellou Dalein est l’un des rares Guinéens à maîtriser à la fois l’économie, l’État, la diplomatie et les dynamiques sociales du pays. Il a vu passer les régimes, traversé les crises, affronté les répressions, survécu aux exclusions. Et jamais il n’a trahi la voie démocratique. En l’écartant, la Guinée a choisi le novisme contre la compétence, l’opportunisme contre la vision, l’instant contre l’Histoire.
Le prix du calcul politique
Ne nous trompons pas : cette exclusion n’est pas neutre. Elle répond à une logique de calcul, de peur et de contrôle. On n’écarte pas Cellou Dalein parce qu’il est faible, mais parce qu’il est fort.
Fort par son parcours.
Fort par sa crédibilité.
Fort par la confiance qu’il inspire bien au-delà de son camp politique.
Dans un scrutin véritablement ouvert, il aurait été un concurrent sérieux, structuré, redoutable. On a donc préféré l’écarter plutôt que l’affronter. C’est plus simple. Mais c’est infiniment plus dangereux pour l’avenir du pays.
Un peuple privé de son meilleur choix
En barrant la route à Cellou Dalein Diallo, ce n’est pas un homme que l’on sanctionne, c’est un peuple que l’on prive de son droit fondamental au choix. C’est toute une génération qui paiera le prix de cette décision : une jeunesse déjà sacrifiée, des institutions encore fragilisées, une économie sans cap clair, et une démocratie réduite à un simulacre électoral.
Car soyons lucides : le novisme et l’opportunisme n’ont jamais conduit un pays vers le développement. L’histoire africaine est jonchée d’exemples où l’amateurisme au sommet de l’État a produit instabilité, endettement, corruption et désillusion collective.
Cellou Dalein, ou la voie de la maturité politique
Cellou Dalein Diallo incarnait autre chose. Il incarnait la maturité politique, la capacité à gouverner sans brutaliser, à réformer sans fracturer, à rassembler sans humilier. Son éloquence, son élégance, sa retenue, loin d’être des artifices, sont les marqueurs d’un homme d’État conscient du poids de l’Histoire et de la fragilité des équilibres nationaux. Il n’était pas le candidat du hasard. Il était le candidat de la méthode, de la stabilité et de la raison.

Une occasion manquée, des conséquences durables
La Guinée vient de rater une belle occasion. Peut-être l’une des plus importantes de son histoire récente. Mettre à la tête du pays un homme prêt, expérimenté, respectueux des institutions et porteur d’une vision claire du développement.
Cette occasion manquée ne disparaîtra pas avec les résultats du 28 décembre. Elle laissera des traces. Elle pèsera sur les générations futures, qui demanderont un jour : Pourquoi avons-nous écarté la compétence quand elle était à portée de main ?
L’Histoire jugera
On peut exclure un candidat d’un scrutin. On ne peut pas exclure la vérité de l’Histoire.
Cellou Dalein Diallo restera, quoi qu’il arrive, le symbole d’une Guinée qui aurait pu choisir la voie de la raison, mais qui a préféré celle de la facilité politique. L’Histoire retiendra que ce n’est pas lui qui a fui l’élection. C’est l’élection qui a fui la compétition.
Et c’est la Guinée, encore une fois, qui en paiera le prix.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.
