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Présidentielle en Guinée : Scrutin verrouillé, urnes désertées — les guinéens refusent le scénario de la junte

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La Guinée organisait ce dimanche 28 décembre 2025 le premier tour de son élection présidentielle, censée marquer la fin de la transition militaire ouverte après le coup d’État du 5 septembre 2021. Neuf candidats étaient en lice, dont le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, malgré son engagement initial à ne pas briguer le pouvoir.  

Mais ce scrutin, présenté comme un retour à l’ordre constitutionnel, s’est déroulé dans une indifférence massive.

Un vote calme… mais vidé de sa substance

Dans les rues comme dans les bureaux de vote, la journée s’est déroulée sans incident majeur. Pourtant, derrière cette apparente normalité, un constat s’impose : les électeurs ne se sont pas déplacés.

Dans de nombreux centres, l’affluence est restée faible, parfois quasi inexistante. L’OGE a même prolongé le vote au-delà de 18h pour tenter de relever un taux de participation jugé déterminant par le Premier ministre, également directeur de campagne de Mamadi Doumbouya. En vain. Les Guinéens ont largement boudé les urnes.

Un boycott massif comme acte politique ?

L’opposition et une partie importante de la société civile avaient appelé au boycott, dénonçant une élection verrouillée et l’exclusion des principaux adversaires du régime. Les figures majeures de la scène politique — Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré — étaient absentes du processus, empêchées ou écartées par les autorités militaires.

Dans ce contexte, le faible taux de participation apparaît comme un message clair : une large frange de la population refuse de cautionner un scrutin perçu comme joué d’avance.

Une campagne sous tension et une société sous pression

Depuis 2021, la Guinée vit sous un régime marqué par des restrictions sévères des libertés publiques, des arrestations d’opposants, des disparitions forcées d’activistes et une répression régulière des manifestations. Ce climat a pesé lourdement sur la campagne et sur la confiance des citoyens dans le processus électoral.

Pour beaucoup, voter revenait à légitimer un système accusé de vouloir « blanchir » le coup d’État de 2021 à travers une élection sans véritable compétition.

Des candidats eux-mêmes désabusés

Même parmi les neuf candidats autorisés à concourir, le constat est amer. Faya Milimono, habitué des joutes électorales, a déploré la faible mobilisation et l’absence d’enthousiasme.

La plupart des prétendants ont reconnu que la participation serait le véritable baromètre de la crédibilité du scrutin.

Une communauté internationale en retrait !

Malgré les alertes répétées de la société civile guinéenne, la communauté internationale a adopté une posture prudente.  Les missions d’observation ont salué le calme du scrutin, sans s’attarder sur l’absence de compétition réelle ni sur les restrictions qui ont précédé le vote. Pour de nombreux Guinéens, ce silence équivaut à un abandon.

Un retour à l’ordre constitutionnel… sans retour à la confiance

Le scrutin du 28 décembre 2025 devait tourner la page de la transition militaire.  Il révèle au contraire une fracture profonde entre les institutions et la population.

Le message envoyé par les Guinéens est limpide : la légitimité ne se décrète pas, elle se construit.

Et ce dimanche, c’est le silence des urnes qui a parlé le plus fort.

La rédaction

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