Contre La sansure

LES ZONES D’OMBRE D’UN TAUX DE PARTICIPATION DE 85 % EN GUINÉE

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La présidentielle guinéenne du 28 décembre 2025, révèle une anomalie procédurale et des incohérences qui fragilisent complètement la sincérité et la crédibilité du scrutin. À peine les bureaux de vote fermés, la direction générale des élections relevant du ministère de l’administration du territoire, annonçait un taux de participation de 85 % en seulement une heure après la fermeture des bureaux de vote, pour une élection organisée selon un scrutin entièrement manuel.

Une déclaration précipitée qui devance le dépouillement, la centralisation des procès-verbaux et toute compilation nationale des données. Comment un tel chiffre peut-il être établi sans mécanisme électoral achevé ni base vérifiable ? Cette analyse, fondée sur les standards internationaux, examine les incohérences techniques et les implications juridiques d’un scrutin dont la sincérité et la crédibilité apparaissent sérieusement mise en doute.

Une annonce qui interroge la sincérité du scrutin

À peine une heure après la fermeture des bureaux de vote de l’élection présidentielle organisée en Guinée, la Directrice générale des élections annonçait un taux de participation national de 85 %. Une déclaration présentée comme un chiffre consolidé, provisoire, donc évolutif, sans condition ni réserve méthodologique. Or, au regard des normes électorales universellement admises, cette annonce soulève de graves interrogations techniques, procédurales et juridiques, au point de mettre en doute la régularité et la crédibilité du scrutin, selon un expert électoral.

« Cette analyse se fonde sur les principes classiques de gestion des élections manuelles, tels que reconnus par les Nations unies, l’Union africaine, la CEDEAO et les missions d’observation électorale internationales.»

1. Rappel technique : comment se calcule légalement un taux de participation

Dans un scrutin entièrement manuel, le taux de participation ne peut être établi qu’à partir de la formule suivante : Nombre total de votants effectifs ÷ Nombre total d’électeurs inscrits × 100.

« Pour déterminer le nombre de votants effectifs, plusieurs étapes obligatoires et successives doivent être respectées : clôture effective du vote dans chaque bureau, dépouillement bulletin par bulletin, comptabilisation des bulletins valides, nuls et blancs, remplissage et signature des procès-verbaux (PV), transmission des PV aux commissions administratives de centralisation, compilation progressive des résultats locaux, agrégation nationale.
Ce processus ne peut matériellement s’achever en une heure, même dans les États disposant de systèmes logistiques avancés », explique l’Expert.

2. Une impossibilité matérielle et procédurale

Dans le cas présent, le scrutin s’est déroulé entre 7h et 18h, avec dépouillement immédiatement après la fermeture des bureaux. Or, à l’heure de l’annonce du taux de participation, le dépouillement était encore en cours dans la majorité des bureaux, les procès-verbaux n’étaient ni remplis ni centralisés, aucune commission nationale ne pouvait disposer de données exhaustives.

« Conclusion technique : Le chiffre de 85 % ne peut pas être issu d’un processus électoral régulier tel que prévu par les standards internationaux », précise t-il.

Un bureau de vote à N’Zerecore qui ne trouve pratiquement pas d’électeurs.

 

3. Sur quelle base ce chiffre a-t-il été produit ?

« L’hypothèse la plus plausible au regard des faits, est la connaissance anticipée du nombre de votants. Ce qui supposerait que le nombre de votants était déjà connu avant la fin du dépouillement, donc indépendamment du comptage réel des bulletins, car si c’était une projection statistique, les lois électorales et les bonnes pratiques exigent : la publication de la méthodologie utilisée, l’indication d’une marge d’erreur, l’identification claire de la source des données. Or, aucune de ces précisions n’a été fournie par la directrice des élections.»

L’expert ajoute qu’une telle situation pose un problème grave de sincérité du scrutin, en supposant une pré-détermination des chiffres, incompatible avec tout processus électoral crédible.

4. L’angle mort du fichier électoral : morts, déplacés, absents

Un autre élément renforce le doute : Entre la période du référendum et la présidentielle, il n’y a pas eu de révision du fichier électoral. Or, pendant cet intervalle, il y a forcément eu des décès, des personnes malades ou hospitalisées, des déplacements forcés ou économiques, des citoyens en exil ou empêchés.

Ainsi, dans un fichier électoral non actualisé de manière rigoureuse, ces facteurs gonflent artificiellement le nombre d’inscrits, rendent statistiquement improbable un taux de participation aussi élevé.

« Plus le fichier est ancien et imparfait, plus un taux officiel élevé devient mathématiquement suspect », déclare notre interlocuteur.

5. La contradiction flagrante avec les observations de terrain

De nombreux témoignages documentés et concordants font état : de bureaux de vote peu fréquentés, d’une absence de files d’attente, d’une mobilisation globalement faible, d’un désintérêt assimilable à un boycott silencieux.

« En analyse électorale, une telle discordance entre données officielles et observation empirique constitue un signal d’alerte majeur.

Lorsqu’un taux de participation exceptionnel est annoncé alors que le terrain indique une abstention massive, la crédibilité du chiffre est sérieusement compromise », selon notre expert.

6. Les questions juridiques majeures posées aux partenaires internationaux

Cette situation appelle des réponses claires aux questions suivantes :

Quelle est la base légale de l’annonce anticipée d’un taux de participation national ?
Quels mécanismes de collecte et de centralisation ont permis ce calcul en une heure ?
Quels procès-verbaux ont été utilisés et à quelle heure ont-ils été réceptionnés ?
Le fichier électoral a-t-il été audité et actualisé avant le scrutin ?
Pourquoi les observations de terrain contredisent-elles les chiffres officiels ?

« Au regard des principes électoraux universels, annoncer un taux de participation national de 85 % une heure après la clôture d’un scrutin manuel est techniquement impossible, juridiquement contestable et politiquement préoccupant. Cette anomalie affaiblit la crédibilité du processus électoral, jette un doute sérieux sur la sincérité du scrutin, et appelle une attention urgente des partenaires internationaux, garants des principes démocratiques et de l’État de droit » a conclu notre interlocuteur.

Le silence face à une telle dérive reviendrait à normaliser l’irrégularité électorale et à légitimer des pratiques incompatibles avec des élections libres, transparentes et crédibles.

Par Anonymous 1er.

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