Contre La sansure

Le PV de centralisation des votes ou quand le manque de sérieux devient une méthode (Par Abdoulaye Barry)

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La science électorale obéit à des règles universelles qu’aucune « exception guinéenne » ne saurait justifier. Pourtant, la Direction Générale des Élections semble avoir inventé sa propre arithmétique, peut-être pour servir un narratif de plébiscite à peine voilé.

Le procès-verbal de centralisation des votes, utilisé par la DGE, constitue un document officiel. À ce titre, il engage non seulement la DGE, mais aussi l’autorité et la crédibilité de l’État guinéen tout entier. Or, ce document révèle une erreur d’une gravité extrême.

En effet, la DGE a procédé à un calcul erroné du taux de participation, une notion pourtant élémentaire en droit électoral, tout comme dans la pratique électorale universelle. Par définition, le taux de participation mesure l’engagement de l’ensemble du corps électoral, sur la base du nombre total d’inscrits.

Malheureusement, selon la méthode utilisée dans le procès-verbal de centralisation de la DGE, le taux de participation est calculé comme suit :

Taux de participation = Suffrages valablement exprimés (H) ÷ Nombre total de votants (F).

Cette formule est fausse et indéfendable.

Le taux de participation, tel que reconnu par toutes les normes électorales internationales, se calcule exclusivement comme suit :

Taux de participation = Nombre total de votants (suffrages exprimés + bulletins blancs et nuls) (F) ÷ Nombre d’électeurs inscrits (C).

Toute autre formule relève soit de l’ignorance, soit de la manipulation, soit des deux.

Par conséquent, en appliquant correctement cette formule aux chiffres figurant sur le procès-verbal de Tangaly (Tougué), à titre d’exemple, le taux de participation réel n’est pas de 96 %, comme indiqué sur la fiche, mais d’environ 82 %. Soit un écart de 14 points.

Un écart qui ne peut en aucun cas être qualifié de marginal. Cet écart de 14 points, qui ne relève pas de l’erreur d’inattention, mais de la volonté délibérée de gonfler les chiffres pour travestir la réalité du taux de participation d’un pays en crise, est politiquement significatif, juridiquement problématique et institutionnellement accablant.

Cette manœuvre expliquerait sans doute, au moins en partie, l’annonce tout aussi fantaisiste d’un taux de participation de 85 %, annoncé par la responsable de la DGE.

Ce chiffre n’est pas seulement contestable : il repose sur une méthodologie viciée, incompatible avec les standards électoraux les plus élémentaires.

Ce qui est en cause ici dépasse la fraude classique. Il s’agit d’un effondrement de la compétence administrative et d’une humiliation infligée à l’État guinéen sur la scène internationale.

La République est livrée à l’amateurisme. Après les errances terminologiques du Gouverneur de la Banque Centrale, qui confondait masse monétaire et dénomination monétaire, voici que la Direction Générale des Élections expose son incapacité à maîtriser une règle de trois élémentaire.

Lorsque la compétence et le sérieux cessent d’être des critères de nomination, l’État devient vulnérable à toutes les dérives.

Comment exiger de la jeunesse guinéenne qu’elle respecte l’éthique en travaillant durement, lorsque ses propres dirigeants érigent l’incompétence en système de gouvernance ? Le redressement de ce pays ne passera pas seulement par le changement des hommes, mais par le retour absolu à la rigueur et à la compétence.

Les hommes qu’il faut à la place qu’il faut.

Abdoulaye J Barry
Spécialiste en Gestion Financière
Membre de la Faculté d’Administration des Affaires du Collège Universitaire de Portland
Nzérékoré, Guinée

Source: https://www.visionguinee.info/

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