Un coup d’Etat « par les urnes » selon Tierno Monénembo
Les premiers résultats partiels du scrutin présidentiel en Guinée sont attendus ce lundi soir (29.12.25). C’est ce qu’a annoncé la directrice générale des élections (DGE), Djenabou Touré.
85%, c’est en tout cas le taux de participation annoncé par l’organe chargé des élections, malgré l’appel au boycott lancé par l’opposition, dont les ténors avaient été écartés du scrutin.
Mais ce taux officiel de participation est remis en cause par le Front national pour la défense de la Constitution.
Quoi qu’il en soit, le général Mamadi Doumbouya, âgé de 41 ans, semble assuré de gagner dès le premier tour face à des candidats peu connus du grand public et dans un contexte de rétrécissement des libertés publiques… même si certains espèrent qu’après les élections, les autorités sauront apaiser les tensions.
Mais pour le célèbre écrivain guinéen Tierno Monénembo, la situation dans le pays risque de ne pas changer.
DW : Qu’avez vous pensez de cette élection ?
TM : « Ce n’est pas cela que j’appelle une élection. Mamadi Doumbouya a sorti de son chapeau une Constitution à sa mesure. Il a fait sauter tous les verrous de la Charte de la transition qui interdisait de se présenter, et il a fait exiler, jeter en prison ou radier des listes électorales toute personne susceptible de le gêner dans cette mascarade électorale. Donc, pour moi, ce n’est pas une élection, c’est un autre coup d’Etat. Après, le coup d’Etat par les armes, c’est le coup d’Etat par les urnes. »
DW : Vous devez quand même avoir des attentes après cette élection, même si vous la qualifiez de coup d’Etat.
TM : « Je n’attends rien de bon après cette élection. Mamadi Doumbouya va s’accaparer de tous les pouvoirs. Il va jouer à l’élu alors qu’il ne l’est pas du tout. Et ça va lui donner les moyens, en quelque sorte, de sévir en plein jour, de tuer qui il veut, de faire ce qu’il veut. C’est la dictature légitimée, en quelque sorte. »

DW : Vous parlez comme si Mamadi Doumbouya avait déjà été élu, mais nous rappelons tout de même que les résultats de la présidentielle de dimanche n’ont pas encore été proclamés.
TM : « Mamadi Doumbouya est élu depuis le 5 septembre 2021. Ce sont les armes. Ce sont les mitraillettes qui l’ont mis au pouvoir. C’est par elles qu’il va continuer à gouverner les élections. Ici, c’est une simple formalité. C’est pour amuser la galerie. Il est élu, il va réussir son coup. Puisque vous connaissez ses méthodes. Il arrive à régner par l’intimidation, par la répression, en multipliant les morts mystérieuses, les exils, les arrestations massives, les disparitions forcées, les kidnappings. La Guinée vit sous une terreur comme elle n’en a jamais vu depuis la mort de Sékou Touré. »
DW : Justement, peut-être que après cette élection qui quand même met fin officiellement à la transition, les nouvelles autorités poseront des gestes, comme par exemple ouvrir une véritable enquête pour retrouver les personnes disparues ou rouvrir les médias privés qui ont été fermés pendant la transition, faire revenir également les opposants qui sont en exil.
TM : « Est-ce que, après l’élection, il va procéder à calmer un peu les choses ? Je ne pense pas. Pour amnistier les condamnés, pour permettre le retour des exilés, pour créer un climat politique plus intelligent, plus calme, il faut deux qualités que Mamadi Doumbouya n’a pas. C’est l’intelligence et la générosité. »
Nafissa Amadou Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle

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