Guinée : Trois détenus extraits de la Maison centrale pour des soupçons de contacts avec Alpha Condé
Une nouvelle affaire vient raviver les inquiétudes autour de la vaste purge sécuritaire engagée par la junte guinéenne depuis fin 2025.
Selon des informations révélées par le journaliste d’investigation en exil Abdoul Latif Diallo, trois détenus de la Maison centrale de Conakry ont été secrètement extraits de leur cellule par des éléments de la gendarmerie nationale. Ils sont soupçonnés d’avoir maintenu, depuis leur lieu de détention, des contacts avec l’ancien président Alpha Condé et certains de ses proches.
Trois profils distincts, un même soupçon de collusion
Les personnes concernées sont Ibrahim Kalil Chérif, Amara Condé et Ibrahim Dioumandé.
Selon les sources citées par Diallo, les trois hommes auraient reçu à plusieurs reprises des transferts d’argent destinés à « alimenter des relais extérieurs », un élément qui aurait renforcé les soupçons des enquêteurs.
Ibrahim Kalil Chérif, de nationalité guinéo-libérienne, avait été extradé du Liberia avant d’être placé sous mandat de dépôt pour son implication présumée dans un projet de coup d’État contre le régime du général-président Mamadi Doumbouya. Quand à Amara Condé et Ibrahim Dioumandé, eux, avaient été incarcérés pour des faits de trafic de drogue.
Les trois détenus partageaient la même cellule et auraient, selon des sources sécuritaires, « développé des affinités idéologiques » avec la cause de l’ancien chef de l’État.
Extraction discrète et interrogatoires prolongés

D’après les informations recueillies par le journaliste, les trois hommes ont été sortis de la Maison centrale sans procédure judiciaire apparente. Ils auraient été conduits au Haut commandement de la gendarmerie nationale, où ils auraient subi plusieurs jours d’interrogatoire avant d’être transférés vers un lieu tenu secret.
Aucune communication officielle n’a été faite par les autorités guinéennes, renforçant le climat d’opacité qui entoure cette affaire.
Une nouvelle pièce dans la stratégie de purge du régime Doumbouya
Depuis octobre 2025, KoumaMedia a documenté à plusieurs reprises une intensification des opérations sécuritaires visant les anciens collaborateurs, soutiens ou supposés relais d’Alpha Condé.
Les enquêtes publiées par la rédaction ont mis en évidence :des arrestations ciblées de militaires et civils accusés de « déstabilisation » ; des interrogatoires extrajudiciaires menés dans des lieux non officiels ; une surveillance accrue des réseaux financiers et des communications attribuées à l’entourage de l’ex-président ; une stratégie de neutralisation préventive visant à empêcher toute reconstitution d’un courant politique pro-Condé.
L’affaire révélée par Abdoul Latif Diallo s’inscrit dans cette dynamique : elle illustre la volonté du régime de couper toute possibilité de coordination, même depuis les cellules de détention.
Un climat politique sous tension
Pour plusieurs observateurs interrogés par KoumaMedia ces derniers mois, la junte guinéenne semble engagée dans une logique de contrôle total du champ politique, sécuritaire et informationnel. Les autorités justifient ces opérations par la nécessité de prévenir des « tentatives de déstabilisation ».
Les critiques, elles, dénoncent une répression systématique visant à étouffer toute opposition réelle ou supposée. L’extraction des trois détenus, sans communication officielle ni procédure judiciaire transparente, alimente les inquiétudes sur les méthodes employées par les forces de sécurité.
