Mamadi Doumbouya : Du pouvoir à la responsabilité (Par Elhadj Aziz Bah)
Sans surprise, la Cour suprême a confirmé hier soir la victoire de Mamadi Doumbouya à l’élection présidentielle du 28 décembre. La Guinée referme ainsi, sur le plan institutionnel, la parenthèse de la transition militaire et retrouve l’ordre constitutionnel après près de quatre années d’exception. Mais au-delà de la validation juridique du scrutin, une autre épreuve, plus exigeante encore, commence : celle de la responsabilité historique.
« Quand on atteint le sommet de la colline, c’est alors que le chemin devient visible. » — Proverbe chinois
La décision de la Cour suprême consacre définitivement un tournant politique majeur. Le pouvoir issu
du 5 septembre 2021, né dans la rupture et l’urgence, s’inscrit désormais dans la légalité constitutionnelle. Mamadi Doumbouya n’est plus seulement l’homme de la transition ; il devient pleinement le président élu de la République de Guinée, investi d’une légitimité juridique et politique désormais incontestable.
Ce basculement change profondément la nature du pouvoir. Gouverner dans l’exception n’obéit pas aux mêmes exigences que gouverner dans la durée. La force peut imposer l’ordre ; seule la responsabilité construit l’État. À partir de cet instant, l’histoire ne jugera plus l’intention, mais l’action ; plus la promesse, mais le résultat.
Malgré ses imperfections, et en dépit de la conduite parfois cavalière d’une transition qui s’est étirée sur quatre longues années, un fait s’impose avec clarté : la communauté internationale n’a pas tardé à reconnaître le nouvel élu. Partenaires bilatéraux et institutions multilatérales ont rapidement pris acte du verdict des urnes, actant ainsi le retour formel de la Guinée dans le jeu institutionnel normal.
Au-delà de la CEDEAO et de l’Union africaine, deux puissances majeures, les États-Unis et la Chine, se sont empressées d’adresser leurs félicitations au président élu. Ce geste, loin d’être anodin, consacre une réalité stratégique souvent tue : la Guinée n’est plus en marge. Elle s’inscrit désormais pleinement dans les nouvelles dynamiques de la géopolitique mondiale, où le pragmatisme, les équilibres d’intérêts et les considérations stratégiques l’emportent fréquemment sur les états d’âme et les discours de principe.
Cette reconnaissance internationale, si elle confère une crédibilité externe, renforce en retour l’exigence interne. Car l’on gouverne rarement sous le regard indulgent de partenaires qui ont fait le choix de la stabilité. Elle transforme la légitimité électorale en obligation de résultats.
« Le pouvoir est un feu : s’il ne réchauffe pas le peuple, il finit par le brûler » nous rappelle cette
sagesse américaine.
Le discours prononcé au lendemain du 5 septembre 2021 demeure, à ce titre, un repère central. Il promettait une rupture claire avec les pratiques du passé : la fin de l’impunité, la restauration de l’autorité de l’État, la moralisation de la gestion publique et la refondation des institutions. Ce discours avait suscité un espoir réel, profond, parfois même salvateur, chez un peuple longtemps éprouvé par les cycles de désillusion.
Aujourd’hui, cet espoir se trouve confronté à l’épreuve du réel. La Guinée entre dans une phase décisive de son histoire contemporaine. La jeunesse attend des perspectives concrètes d’emploi et de formation. Les citoyens réclament une justice indépendante et crédible. L’économie, riche de son potentiel, exige rigueur, transparence et vision stratégique pour que les ressources naturelles cessent d’être une promesse éternellement différée.
Le choix est désormais clair. Soit le pouvoir nouvellement légitimé engage une véritable refondation de
l’État, fondée sur la compétence, la redevabilité et l’équité. Soit il s’inscrit dans la continuité des logiques anciennes : clientélisme, confusion entre loyauté politique et mérite républicain, et tolérance envers les prédateurs des deniers publics.
« La patience du peuple est longue, mais sa mémoire ne s’efface jamais » disent les allemands. La Cour suprême a clos le débat juridique. Désormais, c’est le temps du jugement politique et moral qui s’ouvre. Du pouvoir à la responsabilité, il n’y a qu’un pas, mais c’est le plus difficile. Celui qui engage une nation entière et inscrit durablement un dirigeant dans l’histoire. Le vrai mandat commence maintenant.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.
