LE SILENCE DU POUVOIR: CE QUE LE REGIME DOUMBOUYA NE DIT PAS AUX GUINEENS
Depuis cette soirée étrange où Mamadi Doumbouya visiblement affaibli dansait avec l’artiste congolais Koffi Olomidé lors d’une soirée présentée comme une démonstration de force marquant la fin de la campagne électorale, le silence s’est installé. Plus aucune apparition publique. Aucun contact direct avec la population. Le chef de l’État semble s’être effacé de l’espace public. Cette absence prolongée ne pouvait que nourrir les interrogations. Beaucoup murmurent qu’il serait très affaibli, peut-être malade. Et l’adresse dite à la nation de 2026, loin d’apaiser les esprits, a renforcé les doutes.
A première vue, tout semble familier. Le décor est le même qu’en 2024 : même fond, même cadrage, même tenue. Comme si le temps s’était figé. Mais en regardant de plus près, quelque chose cloche. En 2024, le président descendait les marches pour rejoindre le pupitre, dans une mise en scène classique et rassurante. En 2026, il surgit par un couloir latéral, évitant les escaliers pourtant visibles. Ce détail, en apparence banal, intrigue. Il laisse une impression d’inconfort, presque de gêne.
Un autre élément à noter l’interprète en langue des signes, présent lors des précédentes adresses, a disparu. Pourquoi revenir en arrière sur l’accessibilité ? Pourquoi exclure soudainement une partie des citoyens, dans un pays qui prétend avancer vers plus d’inclusion ?
Le discours lui-même n’inspire pas confiance. Les hésitations, les fautes de prononciation et le rythme irrégulier donnent l’impression d’un message préenregistré, monté à l’avance, loin d’une intervention fluide et spontanée. Difficile, dans ces conditions, de croire à une allocution réellement diffusée en direct.

Puis vient la scène la plus déroutante. Le pouvoir affirme que le Président s’exprime en direct depuis le palais, mais le directeur de la Communication de la Présidence regarde ce discours à la télévision, comme tout le monde. Le directeur de cabinet du Président, pourtant au cœur du dispositif institutionnel, est lui aussi simple spectateur. Comment expliquer une telle incohérence ? Si le chef de l’État parle réellement en direct, pourquoi ses plus proches collaborateurs ne sont-ils pas à ses côtés ? Cette situation frôle l’absurde et révèle un profond désordre au sommet de l’État.
La même logique se répète avec les ministres, tous réunis dans une salle pour regarder l’allocution à l’écran. Aucun n’apparaît aux côtés du Président. Aucun geste collectif pour rassurer. Si le régime voulait vraiment faire taire les rumeurs, il aurait suffi de montrer un chef de l’État entouré de son équipe, présent, assumant pleinement sa fonction. Au lieu de cela, la mise en scène choisie alimente la suspicion.
Au-delà de la personne de Mamadi Doumbouya, c’est le fonctionnement même du pouvoir qui inquiète. Un régime d’exception qui gouverne par le flou et la mise en scène finit toujours par fragiliser l’État. Quand la vérité est dissimulée, les rumeurs prospèrent, les tensions s’aggravent et la confiance disparaît. L’histoire a demontré que ce genre de situation mène rarement à la stabilité.
Comme le dit la sagesse peule:《Si Seedé Alaa Hakkil No Gnaawa: S’il n’y a pas de témoin oculaire, l’intelligence humaine juge.》 Aujourd’hui, les incohérences s’accumulent, les silences parlent et l’absence de transparence devient elle-même un message.
Les Guinéens ne réclament ni spectacle ni propagande. Ils demandent simplement la vérité, de la clarté et un pouvoir qui respecte leur intelligence. Car un régime d’exception qui s’éternise, sans transparence ni confiance, finit toujours par faire payer un prix lourd au pays et à son peuple. Qu’Allah sauve la Guinée. Aamiine
