Banque centrale de Guinée: le scandale d’un recrutement suspendu sans raison, le gouverneur indexé
Entre février 2025 et janvier 2026, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a transformé un concours de recrutement très attendu en une zone d’ombre institutionnelle. À la clé : des centaines de candidats laissés dans l’incompréhension, un processus déclaré « infructueux » sans explication publique, et un collectif qui réclame désormais des comptes au nom de la transparence.

Un concours présenté comme une opportunité nationale
Le 10 février 2025, la BCRG publie un avis de recrutement pour renforcer ses effectifs de cadres. L’institution, dont la mission centrale est d’assurer la stabilité des prix et de promouvoir un système financier viable, ouvre alors plusieurs postes stratégiques :Corps de l’Inspection : Inspecteur, Auditeur interne, Auditeur informatique
Cadre commun : Économiste, Statisticien, Gestionnaire comptable, Gestionnaire des ressources humaines, Juriste d’affaires, Informaticien
Les conditions générales sont strictes : être de nationalité guinéenne, avoir entre 21 et 35 ans au 30 juin 2025, jouir de ses droits civils et civiques. Les fiches descriptives détaillées sont annoncées sur le site de la BCRG, donnant au processus une apparence de rigueur et de modernité.
Pour beaucoup de jeunes diplômés et de professionnels, ce concours n’est pas un simple recrutement : c’est une porte d’entrée vers une institution clé de l’État, un symbole de mérite et de service public.

Un mail lapidaire pour clore un long parcours
Près d’un an plus tard, le 6 janvier 2026, les candidats reçoivent un courriel signé de la BCRG. Le ton est formel, le message bref et le sort de plusieurs jeunes valeureux, mis entre parenthèses.
« Je suis au regret de vous annoncer que le processus de recrutement engagé par la BCRG en 2025 est rendu infructueux. Toutefois, vos dossiers ont été transmis à une instance qui pourrait, si elle le trouve utile, vous contacter ultérieurement. »
Aucune précision sur les raisons de cet échec. Aucune indication sur le nombre de postes finalement pourvus, sur d’éventuelles irrégularités, ni sur la suite concrète pour les candidats. La seule perspective évoquée est la transmission des dossiers à une « instance » non identifiée, susceptible – ou non – de recontacter les postulants.
Pour des candidats qui ont passé des épreuves écrites et orales, parfois en se déplaçant depuis l’étranger à leurs frais, ce message sonne comme une fin de non-recevoir.
La riposte des candidats : un collectif qui demande des comptes
Dès le lendemain, le 7 janvier 2026, un collectif de candidats adresse une lettre officielle au Gouverneur de la BCRG. Le ton est respectueux, mais ferme.
Les signataires disent d’abord leur « profonde déception » et leur « confusion » face à l’annonce d’un processus rendu infructueux après près d’un an de démarches. Ils rappellent les sacrifices consentis, notamment par ceux qui ont voyagé depuis l’étranger pour participer aux épreuves.
Le cœur de leur demande tient en un mot : précisions. Le collectif réclame : des explications sur les motifs de l’arrêt du processus ; des clarifications sur la suite éventuelle du recrutement ; le maintien de la transparence, présentée comme une caractéristique initiale du concours.
Les candidats se disent disponibles pour rencontrer la direction de la BCRG, via des représentants, afin d’échanger directement. En filigrane, une exigence : que l’institution assume publiquement ses choix et respecte la parole donnée.
Une question de transparence, mais aussi de confiance institutionnelle
Au-delà du seul cas de la BCRG, cette séquence pose une question plus large : que vaut la promesse de mérite et de transparence dans les concours publics lorsque les processus peuvent être annulés sans justification détaillée ?
Pour les candidats, l’enjeu dépasse leur situation individuelle. Il touche à : La crédibilité des concours publics. Un processus long, exigeant, qui se termine par un simple mail d’annulation fragilise la confiance dans les procédures de recrutement de l’État.
Ceux qui ont investi du temps, de l’argent et de l’énergie – notamment les candidats de la diaspora – se sentent lésés, voire méprisés. Une institution aussi stratégique qu’une banque centrale est attendue sur l’exemplarité, y compris dans sa gestion des ressources humaines.
Dans un pays où la lutte contre le népotisme, l’opacité et les arrangements informels est un enjeu central, la manière dont ce dossier sera géré fera date.
Le collectif des candidats a ouvert une brèche : celle d’une interpellation citoyenne argumentée, respectueuse, mais déterminée, adressée à une institution centrale de l’État. La balle est désormais dans le camp de la BCRG.
Une réponse publique, détaillée, assumée, serait un signal fort en faveur de la transparence et de la responsabilité institutionnelle. À l’inverse, le silence ou des explications évasives risqueraient d’alimenter la défiance et de nourrir l’idée que, même lorsqu’ils jouent le jeu des concours, les citoyens restent à la merci de décisions opaques.
Pour ces candidats, ce concours n’était pas seulement un emploi potentiel. C’était une promesse de reconnaissance du mérite et de participation à la construction d’un système financier plus solide. Aujourd’hui, ils demandent simplement que cette promesse soit expliquée—ou tenue.
AOS pour KoumaMedia




