Contre La sansure

FORBES AFRIQUE : « Quand la vitrine s’écroule et que les figurants applaudissent encore »

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Brandir Forbes Afrique comme un trophée diplomatique, comme une médaille de reconnaissance internationale, comme la preuve ultime que « la Guinée compte désormais ». Pendant que les tambours résonnaient, pendant que les sourires posaient, pendant que les photos circulaient, le décor, lui, était déjà en ruine.

Car pendant que certains missionnaires du paraître se pavanaient en couverture, Forbes Afrique, le magazine qu’ils exhibaient fièrement, était en train de mourir juridiquement, placé en liquidation judiciaire par la justice française. Rideau. Fin de la représentation. Générique de honte.

Ce n’est ni une rumeur de quartier ni une invention de militants frustrés. C’est un fait documenté, froid, clinique, implacable. Jeune Afrique n’a pas dénoncé une opinion, mais constaté un naufrage. Le média que l’on présentait comme une rampe de lancement internationale n’était déjà plus qu’une coquille vide, un cadavre médiatique encore maquillé pour les selfies institutionnels.

Dès lors, la question n’est plus : « Pourquoi Forbes Afrique ? » La vraie question est : comment peut-on être à ce point amoureux du miroir au point d’ignorer qu’il est fissuré ?

On a vendu aux Guinéens une illusion de prestige. On leur a présenté une faillite comme une consécration. On a confondu visibilité achetée et crédibilité acquise.

C’est toute la misère d’une communication d’État qui préfère la poudre aux yeux à la solidité des actes, le storytelling creux au travail réel, l’apparition payée à la reconnaissance méritée. Une communication de carnaval, où l’on croit que poser suffit à exister.

Le plus tragique, ce n’est même pas la chute du magazine. Les médias naissent, vivent et meurent. Le plus tragique, c’est l’enthousiasme indécent de ceux qui, même après l’effondrement, continuent d’applaudir la scène vide. Comme ces musiciens qui jouent encore alors que la salle a brûlé.

Forbes Afrique n’était pas une stratégie. C’était un décor. Un décor en carton. Et à force de confondre décor et diplomatie, vitrine et vision, photo et politique publique, la Guinée s’est retrouvée figurante dans une pièce dont le théâtre fermait déjà ses portes.

La vérité est cruelle, mais salutaire : on ne bâtit pas une stature internationale sur des médias en faillite, on ne construit pas, non plus, une crédibilité sur des couvertures achetées, et surtout on ne gouverne pas un pays sérieux avec des miroirs aux alouettes.

Aujourd’hui, le masque est tombé. Le rideau est déchiré. Et ceux qui battaient le tam-tam découvrent, trop tard, qu’ils ont surtout fait beaucoup de bruit… pour accompagner un enterrement.

Alpha Issagha Diallo

Spécialiste du réel et Ennemi du décor

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