Contre La sansure

Accorder la nationalité aux noirs américains, réparer l’histoire et investir dans l’avenir

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Accorder la nationalité guinéenne à Meagan Good et à son époux, Jonathan Majors, est une très bonne décision. Elle est symboliquement forte et, sur le plan stratégique, particulièrement importante. Cet acte va au-delà d’une simple mesure administrative et pourrait, si l’État s’y prend bien, s’inscrire dans une vision plus large de réconciliation historique, de justice mémorielle, ainsi que de développement du tourisme et de l’investissement en Guinée.

La Guinée, comme de nombreux pays africains, a été profondément marquée par la traite négrière. Les régions de Boké et de Boffa ont notamment été des points majeurs de départ à partir desquels des milliers d’Africains ont été arrachés à leur terre et déportés vers les Amériques. Par conséquent, la Guinée est directement concernée par la situation de la diaspora noire installée sur le continent américain, mais aussi en Europe.

Comme le rappelle souvent notre compatriote Paul Théa, ces localités portent encore les stigmates silencieux de cette tragédie historique et constituent des lieux de mémoire d’une importance capitale, trop souvent absents des grands récits internationaux sur l’esclavage.

Offrir la nationalité ou des formes de résidence à des descendants d’Africains déportés depuis nos côtes est une manière concrète de reconnaître cette responsabilité historique et d’engager un processus de réparation symbolique. C’est aussi une opportunité pour la Guinée de valoriser ces espaces comme des sites de mémoire, de recueillement et de transmission, susceptibles de devenir des pôles majeurs du tourisme mémoriel et culturel, à l’image de ce que le Ghana a su développer avec succès.

Au-delà de la dimension historique et morale, cette politique présente également des avantages économiques, culturels et diplomatiques considérables. Les membres de la diaspora afro-américaine et caribéenne disposent souvent de compétences, de réseaux internationaux, de capacités d’investissement, ainsi que d’un capital culturel et financier susceptibles de contribuer au développement local, notamment dans ces régions historiquement touchées, tout en renforçant l’attractivité globale du pays. Le Ghana l’a bien compris avec son programme de « Right of Abode » et ses initiatives mémorielles, qui ont renforcé son rayonnement international tout en générant des retombées économiques tangibles.

La Guinée gagnerait donc à institutionnaliser cette démarche. Il serait d’ailleurs pertinent de créer, au sein du Ministère du Tourisme ou du Ministère des Affaires étrangères, une section chargée des questions de retour, de naturalisation, de résidence spéciale et d’accompagnement de la diaspora afro-descendante. Une telle structure constituerait un pas décisif et pourrait servir de guichet unique, facilitant les démarches administratives, l’installation, l’investissement et l’intégration culturelle.

Enfin, contrairement à ce que pensent certains Guinéens aux tendances xénophobes, l’octroi de la citoyenneté n’est pas une mauvaise chose. C’est au contraire une très bonne chose pour l’image de la Guinée, car cela permet au pays d’être davantage connu, et pas seulement à travers les aspects négatifs qui y sont souvent mis en avant.

Plusieurs articles de presse ont d’ailleurs été publiés sur la Guinée à la suite de cet acte. Il est également essentiel de comprendre qu’encourager nos cousins de la diaspora en Amérique et dans les Caraïbes à revenir en Afrique, à s’y installer et à y investir n’est pas un acte de charité, mais un partenariat stratégique. Ils ont besoin de l’Afrique pour se reconnecter à leurs racines et reconstruire une identité parfois fragmentée par l’histoire. L’Afrique, et la Guinée en particulier, a besoin de leur énergie, de leur expertise et de leur voix pour peser davantage sur la scène mondiale.

C’est dans cette collaboration respectueuse, consciente de l’histoire et organisée entre la Guinée et la diaspora noire, d’où qu’elle vienne, que pourrait naître une véritable renaissance culturelle, économique et mémorielle.

Abdoulaye J. Barry
ajbarry@live.com
Spécialiste en Finance, Chercheur et Promoteur de langues et cultures africaines.
Portland, OR

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