Monsieur le Président, l’heure du devoir, pas des récompenses (Par Elhadj Aziz Bah)
La victoire de Mamadi Doumbouya à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 n’a surpris personne. Elle consacre un rapport de forces établi depuis la transition et entérine, aux yeux de l’État comme de la communauté internationale, l’ouverture d’un nouveau cycle politique en Guinée. Mais l’essentiel n’est plus dans la victoire. Il est désormais dans l’usage du pouvoir, dans la nature des choix à venir et dans la hauteur de vue que réclame l’Histoire.
Un mandat présidentiel n’est pas une prime de fin de transition. Il n’est ni un dû, ni une récompense distribuée à ceux qui ont attendu, applaudi ou manœuvré. Gouverner n’est pas solder des fidélités, recycler des loyautés ou bâtir un sommet d’État fondé sur le clientélisme. La Guinée a trop souffert de ces pratiques pour s’en accommoder une fois de plus. Elle a payé cher les compromis de convenance, les promotions par proximité et les silences achetés.
Le pays a besoin d’un nouveau départ. Un vrai. Un départ qui rompe clairement avec la confusion entre l’État et les intérêts, entre la fonction et la personne, entre le pouvoir et la dette politique. La Guinée n’attend pas des gestes symboliques ou des discours rassurants. Elle attend une architecture claire de l’action publique, une lisibilité des priorités nationales et une discipline rigoureuse dans la conduite de l’État.
Le patriotisme, aujourd’hui, ne se proclame pas. Il s’éprouve dans les nominations, dans les arbitrages budgétaires, dans la capacité à dire non aux pressions, même proches, même bruyantes. Gouverner par patriotisme, c’est choisir la compétence avant l’allégeance, l’expérience avant l’émotion, la mission avant l’ambition personnelle. C’est comprendre que l’État n’est pas un refuge pour amis politiques, mais un instrument au service de millions de Guinéens qui attendent des résultats concrets.
La Guinée ne manque pas de talents. Elle manque de clarté dans leur mobilisation. Le moment exige des femmes et des hommes aguerris, capables de penser le long terme, de gérer la complexité et d’assumer l’impopularité lorsque l’intérêt général l’impose. Le noviciat au sommet de l’État coûte cher. Il se paie en improvisations, en revirements et en occasions manquées. Le pays ne peut plus se permettre des apprentissages coûteux sous couvert de loyauté.
Les émotions n’ont pas leur place dans la conduite stratégique d’une nation. L’euphorie de la victoire est légitime, mais elle doit être brève. Très brève. Car les urgences sont nombreuses : cohésion nationale fragilisée, économie sous pression, attentes sociales élevées, institutions à reconstruire dans la crédibilité. Chaque décision comptera. Chaque erreur sera amplifiée. Chaque complaisance sera retenue.
Quant aux opportunistes, ils rôdent toujours autour du pouvoir neuf. Ils changent de langage, de conviction et de drapeau avec une facilité déconcertante. Ils promettent stabilité mais sèment la confusion. Ils applaudissent aujourd’hui ce qu’ils saboteront demain. Les reconnaître et les tenir à distance est un acte de gouvernance, pas de méfiance.
Monsieur le Président, l’Histoire guinéenne est sévère avec les rendez-vous manqués. Elle l’est aussi avec les dirigeants qui confondent autorité et popularité, contrôle et leadership. Vous avez désormais un mandat. Il vous oblige. Il vous dépasse. Il vous jugera non sur la force du pouvoir conquis, mais sur la qualité du pays laissé.
« Le pouvoir n’élève que ceux qui s’élèvent au niveau de leurs responsabilités » nous rappelle la sagesse chinoise. La Guinée attend moins des récompenses que des réformes, moins des équilibres politiques que des résultats durables. C’est à cette hauteur, et à cette seule hauteur, que s’écrivent les vrais nouveaux départs.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
Elhadj Aziz Bah
Note de l’auteur : Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, et rien que d’arguments.
