Guinée : appel à l’unité et bilan controversé, l’appel de Mamadi Doumbouya à la cohésion sociale interroge, car son serment brisé hante son discours
Lors de son installation officielle ce samedi 27 janvier 2026, l’ex‑chef de la junte et désormais président proclamé, Mamadi Doumbouya, a lancé un appel appuyé à la cohésion nationale. Dans un discours solennel, il a affirmé vouloir gouverner « tous les Guinéens, sans exception », insistant sur l’unité et la diversité comme fondements de la nation.
Unité nationale : Doumbouya demande ce qu’il n’a pas su garantir
« La Guinée est une et indivisible. Elle nous restera notre diversité et notre richesse, notre unité et notre force. […] Ma main reste toujours tendue à toutes les filles et tous les fils de Guinée. On ne construit pas une nation dans la division et on ne bâtit pas la prospérité sur la haine. » exhorte Mamadi Doumbouya
Un message d’apaisement qui intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par une transition prolongée, une élection contestée et un climat de défiance généralisée.
Un discours d’unité en décalage avec le bilan de la transition
Depuis sa prise du pouvoir le 21 septembre 2021, Mamadi Doumbouya a dirigé la Guinée sous un régime militaire qui a suscité de vives critiques de la part d’organisations nationales et internationales.
Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, plus de 75 personnes ont été tuées lors de manifestations réprimées par les forces de sécurité.
Parallèlement, des médias indépendants ont été fermés, tandis que des journalistes, activistes et militants politiques ont été portés disparus ou arrêtés dans des conditions opaques.
Le climat sécuritaire a également été marqué par la mort non élucidée de plusieurs officiers de l’armée, alimentant interrogations et inquiétudes au sein de l’opinion publique.
Dans ce contexte, l’appel à la cohésion sociale lancé par le nouveau président apparaît pour beaucoup en contradiction avec les pratiques observées durant la transition.
Une élection contestée et un engagement renié
L’un des points les plus sensibles reste la participation de Mamadi Doumbouya à l’élection présidentielle censée mettre fin à la transition.
L’ancien commandant des forces spéciales avait pourtant publiquement juré que ni lui ni aucun membre de son gouvernement ne seraient candidats.
Contre toute attente, il s’est finalement présenté, dans un processus électoral dénoncé par plusieurs acteurs politiques et organisations de la société civile comme verrouillé, déséquilibré et contrôlé par un organe électoral acquis à sa cause.
Ses principaux adversaires ont été écartés ou affaiblis, et le scrutin s’est déroulé dans un climat de contestation, donnant lieu à des accusations de manque de transparence et d’équité.
Une main tendue qui peine à convaincre
Face à ce contexte, une question domine les réactions : la parole du nouveau président peut‑elle encore susciter la confiance ?
Pour une partie de l’opinion publique, nationale comme internationale, l’appel à l’unité ne pourra être crédible qu’à travers des actes concrets, notamment : la clarification du sort des disparus ; la restauration des libertés publiques; la réouverture des médias fermés, la justice pour les victimes de la répression et la garantie d’un espace politique réellement pluraliste.
Sans ces gestes, le discours de réconciliation risque d’être perçu comme une formule politique plutôt qu’un engagement sincère.
Un pays en attente de signaux forts
La Guinée se trouve aujourd’hui à un tournant.
L’installation de Mamadi Doumbouya comme président ouvre une nouvelle phase, mais les défis restent immenses : réconcilier une société fracturée, restaurer la confiance institutionnelle, garantir les droits fondamentaux et reconstruire un espace politique apaisé.
L’appel à la cohésion sociale lancé ce 17 janvier 2026 pourrait constituer un point de départ.
Mais pour beaucoup, il ne prendra sens que si les actes suivent les mots.
