De la solennité à l’épreuve des actes : Mamadi Doumbouya face au défi de la refondation guinéenne (Analyse du discours d’investiture du 17 janvier 2026)
Prononcé à Conakry le 17 janvier 2026, le discours d’investiture du président Mamadi Doumbouya marque une étape charnière dans la trajectoire politique récente de la Guinée.
Élu à l’issue du scrutin du 28 décembre 2025, le chef de l’État met fin à une période de transition entamée en 2021 et cherche, à travers ce message inaugural, à inscrire son mandat dans une logique de rupture et de refondation. Loin d’un simple discours protocolaire, son allocution se veut à la fois fédératrice, programmatique et porteuse d’une vision à long terme.
Trois axes majeurs s’en dégagent : l’unité nationale, la transformation économique et la refondation institutionnelle, trois ambitions interdépendantes qui dessinent les contours d’un nouveau projet national.
Un appel appuyé à l’unité et à la participation citoyenne
Dès les premières lignes, le président adopte un ton grave et rassembleur. En soulignant que son mandat n’est pas un « honneur personnel » mais un engagement envers les Guinéens, il cherche à désacraliser la fonction présidentielle pour mieux réaffirmer la primauté du collectif. Ce positionnement, profondément symbolique, traduit la volonté de retisser la confiance entre gouvernants et gouvernés.
L’appel à « l’unité nationale » et à une « gouvernance participative » renvoie à un impératif de réconciliation politique et sociale. Après des années de tensions et de méfiances, Mamadi Doumbouya invite chaque citoyen à devenir acteur de la construction nationale. En valorisant la diversité comme force et en insistant sur l’indivisibilité de la nation, il tente de replacer la citoyenneté au cœur du pacte social guinéen.
Simandou 2040 : symbole d’un tournant économique
Sur le plan économique, le président articule son programme autour du Programme Simandou 2040, présenté comme la pierre angulaire du développement futur. Derrière la rhétorique du progrès, il propose une transformation du modèle économique : passer d’une économie extractive à une économie productive et inclusive.
La formule « transformer nos minerais en emplois, nos rails en opportunités » résume cette ambition de souveraineté économique. Le président cherche à inscrire la Guinée dans la dynamique des pays émergents, en combinant valorisation locale des ressources, industrialisation et formation du capital humain.
Toutefois, cette ambition appelle à la vigilance : la réussite du programme Simandou dépendra de la capacité de l’État à attirer des investissements durables, à garantir la transparence dans la gestion minière et à répartir équitablement les bénéfices. En ce sens, la vision économique affichée reste prometteuse, mais son exécution constituera l’épreuve décisive du quinquennat.
La jeunesse et les femmes, pierres angulaires du renouveau
La place accordée aux femmes et à la jeunesse dans le discours révèle une lecture lucide du capital humain comme levier central du développement. En saluant la résilience des mères et la créativité des jeunes entrepreneurs, Mamadi Doumbouya cherche à donner un visage humain à son projet : celui d’une Guinée qui valorise ses forces vives.
L’engagement à investir dans l’éducation, la formation technique et la création d’emplois traduit la volonté d’amorcer une véritable mobilité sociale. En filigrane, se dessine un modèle de développement qui ne repose plus seulement sur les ressources naturelles, mais sur les compétences, l’innovation et l’équité.
Refonder la gouvernance : entre exemplarité et efficacité
La troisième dimension du discours est institutionnelle. Mamadi Doumbouya appelle à bâtir des institutions « solides et crédibles », au service exclusif de l’intérêt général. En affirmant que « l’autorité sera forte parce qu’elle sera exemplaire », il mise sur une redéfinition morale du pouvoir : la légitimité, selon lui, doit découler de la justice et de la transparence, non de la contrainte.
Dans un pays longtemps marqué par la centralisation du pouvoir et l’érosion de la confiance institutionnelle, cette promesse de gouvernance vertueuse résonne fortement. Mais elle suppose une exigence de redevabilité et d’intégrité que seule une société civile active et indépendante pourra consolider.
Un discours porteur d’espérance, mais à confronter au réel
Sur la forme comme sur le fond, le discours du président Doumbouya se distingue par sa cohérence et sa portée symbolique. Il inscrit la Guinée dans une ambition à la fois nationale et panafricaine : celle d’un État rénové, démocratique et économiquement souverain.
Mais la véritable mesure de ce projet se jouera désormais sur le terrain de la mise en œuvre. Gouverner avec intégrité, rendre l’autorité exemplaire et faire du développement une réalité partagée nécessiteront plus que des mots : ils exigeront constance, courage et résultats tangibles.
Le 17 janvier 2026 restera peut-être comme la date d’une promesse. L’histoire dira si cette promesse deviendra refondation ou simple moment d’espérance dans le long parcours de la Guinée vers la transformation.
Ibrahima Sory KOUYATÉ
Politologue | Membre de projets des organisations
Source: https://www.visionguinee.info/
