Guinée : la faillite des élites et la trahison de la jeunesse ( Par Yamoussa Bangoura)
Pourquoi faire l’apologie de certains intellectuels et anciens ministres qui ont déjà dirigé ce pays sans résultats probants ? Cette glorification constitue un manque de respect flagrant envers les jeunes diplômés, compétents mais marginalisés.
En Guinée, le pouvoir repose essentiellement sur la famille, les réseaux d’amis et les affinités communautaires. Il s’agit d’un pouvoir personnalisé, opaque et excessivement complexe.
Pourquoi l’ethnie occupe-t-elle une place aussi centrale dans la sphère politique africaine, et particulièrement en Guinée ?
Pourtant, le philosophe Bilakani Tonyeme rappelait à juste titre que l’ethnie n’est pas en soi un facteur négatif. Elle peut constituer un cadre de solidarité, de participation politique et de cohésion sociale. Le problème survient lorsque l’identité ethnique supplante l’intérêt national, affaiblissant l’État, la démocratie et le vivre-ensemble.
Un constat alarmant
J’ai vu des diplômés totalisant plus de vingt ans d’expérience sans emploi. Quel gâchis. En Guinée, être diplômé et intellectuel relève presque d’une psychose sociale. L’accès aux postes de responsabilité et à la fonction publique est catégorisé selon des critères ethniques et communautaires. Même les stages sont rares, sélectifs et souvent inaccessibles. Aucun véritable mécanisme de transfert de compétences n’est mis en place, laissant l’avenir des jeunes totalement incertain.
Les problèmes de la Guinée sont en grande partie le fait de ses élites intellectuelles. À tous les niveaux de l’État, dans tous les ministères et départements, l’impunité règne :
• Dans l’éducation, aucun mécanisme de contrôle sérieux n’existe malgré la gratuité scolaire.
• La mendicité est devenue institutionnalisée.
• Dans les transports, les routes sont dangereuses, dégradées et sans suivi (exemple : les axes transversaux Gbessia–Hamdallaye).
• Dans la justice, l’incivisme et la perte de confiance dominent.
• L’insalubrité de la capitale est criante (marché de Matoto).
• L’insuffisance alimentaire persiste malgré la richesse des terres.
• Le chômage des jeunes est massif.
• Dans le sport, notamment le football, aucun dirigeant visionnaire n’émerge (à titre de comparaison, le stade Abdoulaye Wade de 50 000 places a été construit en 18 mois).
Une élite défaillante
Au plus haut sommet de l’État, la Guinée a été piégée par son élite nationale. Aucun projet structurant pour le développement, l’émancipation, la formation ou l’information de la population n’est porté avec sérieux. C’est triste, profondément triste.
Développer un pays n’est pourtant pas une tâche insurmontable. Il suffit d’une équipe orientée vers les résultats, fondée sur la compétence et l’intégrité, et non sur l’argent, la démagogie ou l’appartenance communautaire. La Guinée peut se développer avec ou sans Simandou, à condition d’être sérieuse. Formons et intégrons nos jeunes dans l’administration afin d’assurer un réel transfert de compétences.
En Guinée, les démagogues sont souvent perçus comme les plus intelligents. La société semble alors divisée en trois groupes :
• 25 % de citoyens honnêtes (la population ordinaire),
• 25 % de malhonnêtes (une partie des élites intellectuelles),
• 50 % d’indifférents.
Être optimiste pour son pays, c’est chercher des voies et moyens pour son développement et proposer des solutions concrètes. La différence entre un Français cultivé et un Guinéen cultivé réside dans la peur : en France, on dénonce, on critique et on mobilise ; en Guinée, une peur collective paralyse les consciences.
Une désillusion personnelle
Politiquement, j’ai des frères Bangoura issus du même village :
• l’un est affamé, meurtri, emprisonné par la politique, prêt à mourir pour elle sans reconnaissance, sans transfert de compétences, sans empathie pour les jeunes de son village ;
• l’autre occupe un poste de responsabilité, mais je préfère me taire.
Wonkifong est déçu d’eux.
J’ai également constaté, dans certains ministères, une exclusion linguistique préoccupante : lors d’une visite, la langue malinké était imposée. J’ai précisé que je ne la comprenais pas, et jusqu’à mon départ, aucun mot n’a été prononcé en français, la langue officielle.
Question fondamentale
Pourquoi sommes-nous intellectuels ?
Un intellectuel doit l’être pour son pays, pour sa préfecture et pour sa sous-préfecture.
Nos élites sont devenues des ennemis de la nation : manipulateurs, prédateurs, obsédés par l’enrichissement personnel. En Guinée, plus on est intellectuel, plus on devient corrompu, ethniciste et égoïste.
Monsieur le Général, ne soyez pas docile : l’intellectuel guinéen corrompu détruit et contamine l’État.
« La meilleure manière de prévoir le futur est de le créer. » Alan Kay
Comment créer un futur sans les jeunes ? Nos jeunes diplômés sont abandonnés et délaissés.
Rêvons grand, car la Guinée regorge d’opportunités.
