Journalisme ou flatterie : le choix est fait pour l’école d’un certain Boubacar Yacine Diallo
Depuis l’investiture de Mamadi Doumbouya, plus rien ne reste, ou presque de la presse guinéenne. La ligne rouge est franchie. Celle qui sépare l’information de la démagogie, le journalisme de la complaisance, la chronique publique de l’auto-promotion servile. Chaque jour ou presque, le même spectacle affligeant se répète. Les titres s’alignent comme des slogans de propagande :
« Le ministre tel, artisan discret de la mobilisation dans l’ombre ; le directeur tel, présent à l’investiture ; la présence remarquable du docteur X à la prestation de serment ; madame X, exemple de loyauté au président Mamadi Doumbouya ; monsieur Y, serviteur dévoué de la refondation ». À force de répétition, ces titres ne relèvent plus de l’information, mais d’une mise en scène collective, où des soi-disant cadres en quête de visibilité, instrumentalisent des rédactions consentantes, parfois affamées, souvent cyniques.
La presse guinéenne n’informe plus : elle relaye, elle flatte, elle monnaye. Or, une investiture n’est ni une foire à la loyauté ni un concours de présence. Être là n’est ni un mérite politique ni un fait d’intérêt public. Le journaliste qui transforme la simple présence d’un individu en événement national, abdique son rôle et renonce à sa mission.
Après l’investiture, alors que la démission du gouvernement relève d’une pratique démocratique élémentaire. Elle marque une rupture, un nouveau départ, une clarification des responsabilités. Mais que fait la presse guinéenne ? Elle se prête, une fois encore, à une manipulation grossière. Au lieu d’interroger les principes, elle relaie les éléments de langage intéressés de ministres en sursis, comme si de rien n’était.
Quel ministre sérieux se permettrait de faire des promesses hâtives, des annonces de projets, des projections fallacieuses, alors que le président autoproclamé ne s’est encore prononcé sur rien ?
Quel ministre, dans un État respectueux de ses institutions, oserait parler comme s’il était déjà reconduit, comme si l’équipe gouvernementale était intangible, comme si la prétendue mandature n’appelait aucune clarification ?
Pire encore, les mêmes plumes se livrent à un marchandage intellectuel indécent : « Le gouvernement doit démissionner ; le gouvernement ne doit pas démissionner ; c’est une obligation ; non, ce n’est pas une obligation ; c’est une tradition ; non, on ne change pas une équipe qui a mouillé le maillot ».
Tout et son contraire, dans les mêmes médias, par les mêmes journalistes. Non pas pour éclairer l’opinion, mais pour entretenir la confusion, capter l’attention, satisfaire des commanditaires invisibles. La plume devient une marchandise, la contradiction en stratégie, et l’éthique disparaît.
Pendant ce temps, la réalité du pays est reléguée au dernier plan si elle n’est pas encore effacée. Des citoyens sont victimes d’enlèvements ; d’autres de disparitions forcées ; des familles vivent dans l’angoisse et le silence ; l’arbitraire, l’abus de pouvoir, l’injustice persistent.
Sur ces sujets, la presse autrefois bavarde, est étrangement muette. Plus de dénonciations, plus d’indignation, plus de courage.
Plus personne n’ose dresser sa plume contre le mal, contre le mensonge, contre les violations de la loi et des droits fondamentaux. A plus forte raison relayer les plumes qui dérangent. Ce silence n’est pas neutre. Il est complice. Quand la presse renonce, la démocratie recule.
Ceci est le journalisme d’un certain Boubacar Yacine Diallo, formé à l’école du communisme pour servir la dictature du parti État. Dire la vérité unique. Celle du pouvoir qui réprime et qui opprime. Instituer une presse qui préfère l’auto-promotion des puissants à la défense des citoyens. Une presse servile qui cesse d’être un contre-pouvoir.
Or, aujourd’hui et plus que jamais, la Guinée n’a pas besoin d’une presse de cour. Elle a besoin d’un journalisme libre, rigoureux, courageux, capable de dire non, de déranger, de questionner et de refuser les manipulations.
Malheureusement, cette presse a anticipé sa démission avant celle du gouvernement.
